Addiction: On ne s'amuse plus à la maison de jeux

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AddictionOn ne s'amuse plus à la maison de jeux

Deux casinos ouvrent leurs portes ce mois en Suisse. Un accro des machines à sous livre son témoignage en guise de mise en garde.

par
Caroline Goldschmid/Doria Wild/eco
Dans «La Baie des Anges» (1963), Jeanne Moreau et Claude Mann campent des joueurs pathologiques.

Dans «La Baie des Anges» (1963), Jeanne Moreau et Claude Mann campent des joueurs pathologiques.

Le plus grand casino du pays a ouvert ses portes le 1er novembre à Zurich. Un autre sera inauguré à Neuchâtel le 23 novembre. Paradoxalement, cette actualité, réjouissante de prime abord, charrie aussi son lot de misère humaine: en Suisse 2% de la population, soit environ 160'000 personnes, souffriraient de problèmes liés aux jeux de hasard.

Parmi elles, il y a Thomas, un Alémanique qui souhaite rester anonyme. Il a 35 ans. «La première fois que j'ai jeté une pièce dans une machine à sous, j'avais 16 ans, puis j'en mis plein d'autres, a-t-il raconté à 20 Minuten Online. Dès que nous avons eu 18 ans, mes amis et moi allions dans des maisons de jeux. Je me suis mis à jouer de plus en plus, m'y rendant seul, à midi, le soir... Je n'avais plus de limites.»

L'espoir de gagner gros, voilà pourquoi cet ancien joueur compulsif n'a plus réussi à s'arrêter. «Je me disais que tous mes problèmes allaient alors s'arrêter et je misais toujours plus.» Il s'est rapidement retrouvé endetté de 100'000 fr. Lorsque Thomas a remporté 10'000 fr. et que, deux jours plus tard, il avait déjà rejoué plus de la moitié, il pris conscience de sa dépendance. «J'ai cherché de l'aide auprès de professionnels, pas de mon entourage, parce qu'à chaque fois que je me confiais à mes petites amies, elles finissaient par me quitter.»

L'ouverture du casino de Zurich, il la voit d'un mauvais œil: «C'est inutile et dangereux. Cela leur est totalement égal de savoir si les joueurs peuvent se le permettre ou non!» Responsables, les maisons de jeu? Non, selon la Confédération qui a autorité sur l'octroi des concessions. D'après ses études, le taux de joueurs pathologiques est resté stable malgré l'augmentation du nombre d'établissements ces dix dernières années et dans la moyenne européenne (1% à 3% des adultes).

Le casino ne fascinerait que 20% des joueurs excessifs. La majorité préférant les loteries, le poker ou les paris sur internet.

Sensibiliser les revendeurs

Pour disposer des produits de la Loterie romande, les buralistes suivent une formation continue de sensibilisation au jeu excessif. A l’aide de psys, ils apprennent à aiguiller la clientèle visée vers des soins adéquats. Il y a 10 ans, la Loterie romande a été un des précurseurs mondiaux avec le programme «Jeu Responsable». Elle verse 3 millions de francs par an à cette cause.

Ines Bodmer est psychologue au Centre du jeu excessif à Zurich. Elle détaille ce que vivent ses patients.

– Vous soignez des joueurs pathologiques. En quoi cette dépendance est-elle différente des autres addictions?

– Elle n’engendre pas une descente continue: elle est entrecoupée d’épisodes marqués par la tentation et l’espoir d’un gain. Et ce dernier, lorsqu’il arrive, est de suite réinvesti. Le profit n’est donc pas apprécié.

– Qu’est-ce qui est le plus pénible pour les gens concernés?

– C’est le fait que cette dépendance n’est pas liée à quelque chose de palpable, aucune substance ne peut être rendue responsable. Ils en ont donc extrêmement honte, se mettent en retrait et vivent seuls avec leur addiction. Seul le malade peut être tenu pour responsable. Souvent, l’entourage réagit en disant: «Mais arrête donc ça!». L’indulgence de la société face à cette maladie est clairement moindre que pour les autres dépendances.

– Que peuvent-ils faire alors?

–d. wild/cgo

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