Suisse: «On ne voit pratiquement pas la lumière du jour»
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Suisse«On ne voit pratiquement pas la lumière du jour»

Exilés à Bernexpo à cause du coronavirus, les parlementaires sont impatients de retourner au Palais fédéral, plus lumineux et convivial.

L'exode forcé des parlementaires à Bernexpo doit se terminer en même temps que la session d'été. L'impatience est palpable pour un retour au Palais fédéral, plus lumineux, plus convivial et plus propice aux alliances.

Répartis à bonne distance les uns des autres sur une surface atteignant pratiquement la superficie d'un terrain de football, les parlementaires se sont parfois sentis un peu seuls. Ils sont nostalgiques de leur Palais fédéral et impatients de rentrer à la maison.

A Bernexpo, «on ne voit pratiquement pas la lumière du jour», a regretté Christian Lüscher (PLR/GE). Si la lumière manque, l'espace permet à chaque parlementaire de bénéficier de son propre pupitre, à plus de deux mètres de distance de ses voisins. Une image bien lointaine des sessions habituelles, où seulement 70 centimètres séparent les parlementaires.

Perte de convivialité

Pour Daniel Brélaz (Verts/VD), la place du Parlement n'est pas vraiment dans une «gigantesque halle d'exposition», mais cette solution est là pour dépanner. A Bernexpo, les 200 députés disposent d'un espace d'environ 5200 mètres carrés et les 46 sénateurs de 800 mètres carrés. Une nécessité à l'heure du coronavirus, alors que la distanciation sociale est de mise.

Cette solution a permis au Parlement de reprendre ses droits, pour une session extraordinaire en mai et pour la session d'été, sans mettre en danger la santé de ses membres. Entre les murs gris de Bernexpo, la politique suisse a toutefois perdu de sa convivialité, qui est la clé du consensus helvétique, a souligné Isabelle Chevalley (PVL/VD).

Un calme aseptisé y règne. Après chaque orateur, les pupitres sont désinfectés et les protections en plastique des micros changées. Pas de messe basse possible entre voisins, pas de salle des pas perdus pour conclure une alliance de dernière minute. Hors de la salle de séance, les députés se croisent peu, regrette Pierre-André Page (UDC/FR), pour qui l'expérience est désagréable.

«Petits personnages au loin»

Cette ambiance très différente a rendu les alliances plus difficiles, a constaté Isabelle Moret (PLR/VD). La présidente du National a regretté «la distance et la froideur de la salle». Depuis son pupitre, les parlementaires n'étaient plus que des «petits personnages au loin», parfois méconnaissables.

Ne parvenant pas toujours à les identifier, la Vaudoise a demandé aux auteurs de questions au gouvernement de se manifester visiblement pour signaler leur présence.

Seul avantage de cet exil imposé: la disparition des lobbyistes. «On a beaucoup plus de temps et c'est beaucoup plus calme», témoigne Fabian Molina (PS/ZH). Un avis partagé par sa collègue de parti, Jacqueline Badran: «Ici nous pouvons manger ensemble, ce qui est quasiment impossible en temps normal».

Mais on y perd cette atmosphère de «ruche bourdonnante» propre au Palais fédéral, reconnaît le président du PBD, Martin Landolt. Fabian Molina va même plus loin: dans les immenses halles de la BernExpo, il ne ressent pas la même responsabilité de l'Etat. «Le Palais fédéral est un lieu sacré marqué par une grande histoire», ajoute Cédric Wermuth (PS/AG).

Un plan sanitaire pour le retour

En septembre, le Parlement devrait à nouveau siéger en plénum au Palais fédéral. Un plan pandémie est en cours d'élaboration pour organiser ce retour. Au-delà de la crise actuelle, il permettra à l'institution d'être mieux préparée pour de telles crises à l'avenir, a souligné Mme Moret.

Pour l'heure, les parlementaires ne savent pas à quoi ressemblera la prochaine session. Les conditions de travail pourraient ne pas être celles auxquelles ils sont habitués, a prévenu Samuel Bendahan (PS/VD). Seule certitude, les commissions pourront reprendre leurs anciens quartiers dès lundi.

(ATS)

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