Santé en Suisse - «On peut gagner 100 millions sur le prix des médicaments»
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Santé en Suisse«On peut gagner 100 millions sur le prix des médicaments»

En s’inspirant de l’exemple d’autres pays, M. Prix propose un prix fixe remboursé par substance active, qu’il s’agisse de l’original ou du générique. Mais le parlement n’en veut pas.

par
Gilles Martin
Le Surveillant des prix a comparé les prix publics suisses de 20 substances actives dont le brevet a expiré avec ceux qui sont pratiqués dans 15 autres pays européens.

Le Surveillant des prix a comparé les prix publics suisses de 20 substances actives dont le brevet a expiré avec ceux qui sont pratiqués dans 15 autres pays européens.

Lucien Fortunati/Tamedia

Le générique le moins cher à l’étranger ne coûte en moyenne que 38 % du prix suisse, c’est-à-dire 62 % de moins. Autrement dit, la Suisse est 165 % plus chère. C’est la principale conclusion d’une étude publiée ce jeudi. Fin avril 2021, le Surveillant des prix a comparé les prix publics suisses de 20 substances actives dont le
le brevet a expiré avec ceux qui sont pratiqués dans 15 autres pays européens. À chaque fois, il a calculé la différence de prix entre le médicament original et son générique le meilleur marché.

Comparaison des prix des génériques avec 15 pays européens de référence

Comparaison des prix des génériques avec 15 pays européens de référence

Source: M. Prix

Rien qu'avec la Norvège, 2e au classement de cherté, la différence est importante: les génériques y coûtent un gros tiers (-35 %) de moins qu’en Suisse. Par rapport aux pays où les prix sont les plus bas, soit la Suède, le Danemark et le Royaume- Uni, les génériques vendus en Suisse sont en moyenne environ cinq fois plus chers. Ces chiffres confirment une précédente étude publiée en mai par SantéSuisse (faitière des assureurs maladie) et Interpharma (industrie pharmaceutique).

Manque d’incitations

Aujourd’hui, en Suisse, les prix des génériques doivent respecter un certain écart minimal par rapport aux préparations originales (on parle de la «règle de l’écart de prix»). Mais comme les préparations originales sont elles aussi beaucoup plus chères dans notre pays, ce système ne suffit pas, constate M. Prix dans sa newsletter.

Comparaison des prix des médicaments originaux dont le brevet a expiré avec 15 pays européens de référence.

Comparaison des prix des médicaments originaux dont le brevet a expiré avec 15 pays européens de référence.

Source: M. Prix

Par ailleurs la part des génériques en Suisse reste basse par rapport aux autres pays. Cela est dû en partie au fait que l’incitation à délivrer des génériques est faible en raison de la marge relative à la distribution, liée au prix, mais aussi au fait que les patients sont trop peu incités à exiger un générique moins cher, puisque l’assurance de base reste tenue de payer des médicaments originaux coûteux ayant le même principe actif malgré l’existence de solutions de remplacement moins chères.

Un autre facteur explique cette différence de prix globale: il n’existe en Suisse aucun générique pour de nombreux principes actifs dont le brevet a expiré. En novembre 2018, l’émission «Puls» de la télévision suisse alémanique a révélé qu’il y avait presque 200 principes actifs commercialisés sous forme générique de moins en Suisse qu’en Allemagne.

Une économie de 100 millions de francs pour les caisses maladie

Pour favoriser une baisse des prix, M. Prix recommande l’introduction d’un système de «prix de référence» (ou «système de montant fixe»), qui existe déjà dans plus de 20 pays européens. Dans ce système, tous les médicaments originaux dont le brevet a expiré et les génériques contenant la même substance active sont classés dans un même groupe. Les caisses maladie ne remboursent plus qu’un montant fixe par groupe, c’est-à-dire par substance active, montant qui est déterminé sur la base d’un générique bon marché.

Ce système encourage, d’une part, les patients à choisir des préparations meilleur marché car elles leur seront remboursées intégralement et, d’autre part, incite les fabricants de génériques et de préparations originales dont le brevet a expiré à baisser leurs prix.

«Un tel système de prix de référence permettrait des économies d’au moins 100 millions de francs pour l’assurance de base, et donc pour tous les payeurs de primes», estime Stefan Meierhans, dans la newsletter. En  2018, il a présenté une proposition à ce sujet et a abouti à un projet du Conseil fédéral. Rejeté par le Conseil national en octobre dernier, il est actuellement débattus par une commission du Conseil des États.

Toutefois, M. Prix veut aller encore plus loin et propose une série d’autres mesures:

  • Encouragement de la remise de génériques: la substitution obligatoire par des génériques doit permettre d’augmenter la part de ceux-ci. Les pharmacies ou les médecins qui pratiquent la propharmacie doivent être obligés de délivrer un médicament avantageux. Toutefois, ils devraient conserver une certaine marge de manœuvre pour autant que les prix restent similaires.
    Le médecin pourra interdire la substitution par un générique pour des raisons médicales.

  • Adaptation de la part relative à la distribution: il convient de diminuer les incitations inopportunes en uniformisant, pour chaque principe actif, la marge relative à la distribution, qui sera déterminée en fonction du générique le meilleur marché. De plus, la marge relative à la distribution doit, de manière générale, être beaucoup plus découplée du prix.

  • Promotion des génériques: afin d’augmenter la part des génériques en Suisse, les obstacles à l’autorisation de mise sur le marché, par exemple l’obligation de proposer tous les emballages de
    l’original, doivent être supprimés.

  • Simplification de l’importation parallèle: l’importation parallèle de substances actives dont le brevet a expiré est en principe autorisée. Cependant, il en est fait trop peu usage. une motion déposée par le PLR valaisan Philippe Nantermod vise à changer cela.

  • Prescription en dénomination commune internationale: la prescription en dénomination
    commune internationale (DCI), soit la prescription du médicament par la désignation du principe
    actif qui le compose, doit être encouragée afin de mettre davantage l’accent sur ce dernier.

  • Équivalence des biosimilaires : toutes les dispositions relatives aux génériques doivent également s’appliquer aux biosimilaires (répliques de médicaments biologiques).

En complément, afin d’agir sur une baisse générale des prix des médicaments, M. Prix propose d’autres mesures, comme un examen annuel de tous les médicaments ou l’abolition du principe de territorialité, soit le remboursement par les caisses de médicaments achetés moins chers à l’étranger.

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