Genève: «On redonne la mémoire à ceux qui n'en avaient plus»

Actualisé

Genève«On redonne la mémoire à ceux qui n'en avaient plus»

La Fondation Autrefois Genève appelle la population à lui envoyer films et photos, pour constituer un patrimoine audiovisuel inédit, accessible à tous.

par
David Ramseyer

Une Mouette genevoise métamorphosée en brise-glace sur la Rade gelée, le pape Paul VI aux Eaux-Vives, un salon de l'auto en plein air à Plainpalais... Si, dans la mémoire collective, ces événements ont tendance à s'effacer au fil du temps, la Fondation Autrefois Genève tient à en garder un souvenir vivant et durable.

Créée fin 2017, sans but lucratif et financée notamment par des mécènes privés, elle lance un appel à la population pour récolter films et photos amateurs inédits. Scènes de la vie quotidienne au bout du lac, petites et grandes péripéties historiques du canton fixées sur pellicules, cassettes ou clichés: tout sera précieusement conservé aux Ports-Francs. Parallèlement, les images seront numérisées, placées sur une plateforme internet et, au final, accessibles à tous grâce à des mots-clés.

Patrimoine local à préserver

Une opération complexe qui va prendre des mois, avoue le directeur de la Fondation. «L'idée, c'est qu'à terme, le public puisse consulter gratuitement ces témoignages du passé, insiste Laurent Seydoux. Nous tenons à conserver ce patrimoine audiovisuel à Genève, plutôt qu'il ne s'éparpille, serve à des fins mercantiles ou tombe dans l'oubli.»

1 / 17
La Gare Cornavin avant 1894.

La Gare Cornavin avant 1894.

CIG (Centre iconographique genevois)
Meyrin, début 1900.

Meyrin, début 1900.

CIG (Centre iconographique genevois)
Un avion à Cointrin, 1922.

Un avion à Cointrin, 1922.

CIG (Centre iconographique genevois)

Comme pour l'émission à succès «Autrefois Genève», diffusée depuis avril 2005 sur la chaîne locale Léman Bleu et à l'origine de la fondation, les donateurs ne seront pas rétribués. «Mais leurs archives, restaurées, leur seront rendues gratuitement sur support numérique», précise Jean-Claude Brussino, président de la fondation. Les réalisateurs et photographes amateurs conserveront leurs droits d'auteur, tout en cédant les droits de diffusion à la fondation.

Cette dernière collabore aussi avec les collectivités publiques, notamment dans le cadre de ciné concerts - l'an dernier en Ville, l'année prochaine a priori dans au moins trois autres municipalités. Le principe: l'Orchestre de chambre de Genève joue tandis que défilent des images historiques de la commune où le spectacle a lieu.

Emotion et proximité

Au sein de la fondation, comme parmi les pionniers d'un feuilleton qui compte aujourd'hui 123 épisodes, tous estiment que «Autrefois Genève» perpétue un vrai lien de proximité avec les Genevois. «Émotionnellement, ces images d'archives touchent tout le monde, les jeunes comme les plus âgés, avance Stéphane Thiébaud, un des concepteurs de l'émission. Elles permettent de rendre concret le passé.»

Fondateur du programme TV, avec d'autres, David Charrier appuie le propos. Pour lui, sauvegarder un tel patrimoine est essentiel: «Ces documents audiovisuels offrent beaucoup de points de comparaison avec l'actualité locale, par exemple sur le thème de la mobilité. Avec «Autrefois Genève», on redonne la mémoire à ceux qui n'en avaient plus.»

Mémoires romandes numérisées

Des millions de photos d'époque et de films historiques amateurs sont désormais rassemblés à portée de clic pour les curieux avides de découvrir le passé de leur région. Parmi les fonds audiovisuels susceptibles d'attirer les Romands, il faut citer notrehistoire.ch, de la Fondation pour la sauvegarde du patrimoine audiovisuel de la Radio Télévision Suisse. Depuis une année environ, les internautes ont aussi la possibilité de demander à la RTS, via la recherche sur sa page d'accueil, de mettre en ligne des archives spécifiques. Autre exemple, plus institutionnel, la Médiathèque du Valais présente de très nombreux documents audiovisuels de la moitié du XIXe siècle à aujourd'hui, fournis par des particuliers, des collectivités publiques ou des associations. Certains peuvent même être achetés.

Ton opinion