Actualisé 15.07.2010 à 17:08

RussieOn sait qui a tué Natalia Estemirova

Les enquêteurs russes ont établi l'identité du tueur de l'activiste des droits de l'homme Natalia Estemirova.

Le président russe Dmitri Medvedev a assuré jeudi, sans l'identifier, que le meurtrier de la militante des droits de l'homme Natalia Estemirova avait été démasqué. Cette révélation est tombée un an jour pour jour après la mort de cette experte de la Tchétchénie.

«L'exécutant du meurtre, le tueur, a été démasqué et précisément identifié», a dit M. Medvedev au cours d'une conférence de presse à Ekaterinbourg (Oural) avec la chancelière allemande Angela Merkel, précisant qu'un avis de recherche international avait été émis, sans pour autant nommer le suspect.

Il a toutefois reconnu que le commanditaire de l'assassinat n'avait pas été identifié: «une enquête est en cours pour non seulement établir qui est le tueur, mais aussi qui a commandité ce terrible crime».

Le directeur de Memorial, Oleg Orlov s'est étonné des propos de M. Medvedev, l'enquête poursuivant, d'après lui, une seule piste, selon laquelle un combattant rebelle islamiste aurait enlevé et assassiné Mme Estemirova le 15 juillet 2009. Ce suspect a été depuis tué en Tchétchénie.

Suggestion lancée

«Je ne comprends pas de quoi il est question. Selon les éléments de l'enquête il s'agit du combattant Alkhazour Bachaïev, mais comment peut-il alors faire l'objet d'un avis de recherche? Bachaïev a été tué», a dit M. Orlov.

Il estime que les enquêteurs cherchent à étouffer l'affaire en accusant un tué afin d'éviter de creuser d'autres pistes qui pourraient mettre en cause des responsables tchétchènes.

La victime travaillait sans relâche pour exposer les exactions commises en Tchétchénie par les autorités, notamment des exécutions sommaires et des enlèvements.

Mais M. Medvedev assure que les enquêteurs font tout leur possible: «l'enquête avance à pleine vitesse. Mais dans ce genre d'affaire, il n'y a pas de résultats rapides si la personne n'est pas prise en flagrant délit».

Appel

Plus tôt jeudi, Mme Merkel a insisté sur la «grande importance» de l'affaire Estemirova, qui avait choqué en Occident comme en Russie.

Mme Merkel, très critique du sort réservé aux opposants en Russie, a souligné qu'»en matière de droits de l'homme, il y a clairement des divergences de vues entre (les) deux pays».

«La modernisation de l'économie est pratiquement inséparable de la démocratisation de la société», a-t-elle aussi ajouté alors que M. Medvedev a invité l'Allemagne à investir en Russie.

La cheffe de la diplomatie européenne Catherine Ashton a aussi appelé la Russie à boucler rapidement l'enquête, espérant que «des résultats seront rapidement enregistrés». Le chef de la diplomatie française Bernard Kouchner a lancé un appel similaire dans un communiqué.

Accusation

De son côté, Amnesty International a appelé M. Medvedev et son Premier ministre Vladimir Poutine à tout faire pour que l'enquête aboutisse, alors que ce type d'affaires sont rarement résolues en Russie, à l'instar du meurtre de la journaliste spécialiste de la Tchétchénie, Anna Politkovskaïa.

Le directeur de Memorial n'a lui jamais caché ses soupçons, accusant le régime du président tchétchène Ramzan Kadyrov d'être derrière l'assassinat. Des propos en ce sens lui ont déjà valu d'être condamné pour «atteinte à l'honneur» de l'homme fort de Tchétchénie. Il est désormais poursuivi au pénal pour diffamation.

Ramzan Kadyrov ne mâche pas non plus ses mots à l'égard de la victime, qu'il décrivait moins d'un mois après le meurtre comme une femme sans «aucun honneur, aucun mérite, aucune conscience». Il s'en est aussi pris début juillet à Memorial et à ses membres, accusés d'être des «ennemis du peuple, ennemis de la loi et ennemis de l'Etat».

Oleg Orlov avait alors parlé d'une «menace claire et directe» et d'un signal aux forces de sécurité «pour commencer à agir contre les militants des droits de l'homme». (ats/afp)

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