Genève - «On se dirige vers des milliers d’amendes chaque jour»
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Genève«On se dirige vers des milliers d’amendes chaque jour»

Le fait de garer son deux-roues motorisé sur le trottoir sera bientôt puni au bout du lac. Une pétition réclame plus de places.

par
Léonard Boissonnas
Pour l’instant, un flyer met en garde les contrevenants. 

Pour l’instant, un flyer met en garde les contrevenants. 

leo/20 min

Après les avertissements sous forme de flyers posés sur les motos et scooters stationnés sur les trottoirs, les contrôles et verbalisations vont tomber en novembre. Une pétition, lancée dimanche sur internet et qui sera adressée au Conseil municipal de la Ville et au Grand Conseil, réclame l’abandon de cette mesure «tant que l’État ne peut garantir un nombre suffisant de places disponibles, en particulier dans les zones urbaines ainsi qu’aux alentours des gares CFF et Léman Express». Le texte demande en outre de «faire une évaluation sérieuse du manque de places en comptabilisant les véhicules mal stationnés.»

Un manque «de 1000 à 2000 places»

Auteur de la pétition, le conseiller municipal PLR Maxime Provini explique n’avoir rien contre le fait que le Canton amende les deux-roues mal parqués, «mais le faire quand il n’y a pas assez de places pour se garer, je pense qu’il faut attendre, déclare-t-il. Le bâton n’est pas toujours la bonne solution. Avec l’agenda du Département des infrastructures (DI), on se dirige vers des milliers d’amendes chaque jour. Avant d’en arriver là, ce serait bien de créer d’autres places. Je ne dis pas qu’il en faut 60’000 (ndlr: il y a 58’000 deux-roues motorisés à Genève), mais il en manque de 1000 à 2000, à la louche», estime l’élu.

Un «levier» vers la mobilité douce

Pour Thibault Schneeberger, cosecrétaire de l’association promobilité douce actif-trafiC, la pétition fait fausse route: ce qu’il faut viser est une diminution de l’usage de ces engins, à l’origine de «nuisances énormes» en termes de bruit et de pollution. Il souligne que l’État poursuit le but d’une réduction de 40% du trafic motorisé d’ici 2030. «On sait qu’agir sur le stationnement est un des leviers pour inciter à se tourner vers les modes doux. Dans la plupart des cas, ces conducteurs peuvent faire autrement», ajoute-t-il, évoquant les places en sous-sol, les transports publics ou la mobilité douce comme le vélo électrique. D’ailleurs, plutôt que des places pour deux-roues motorisés, Thibault Schneeberger juge qu’il faudrait en créer plus pour les vélos: «Dans toute la zone urbaine, il y a un vrai déficit de places pour vélo.»

Une «solution à proximité de sa destination»

De son côté, le Canton rappelle que des milliers de places ont été créées ces dernières années (voir encadré) après des analyses sur le terrain, que le dispositif mis en place a été «préparé largement en amont et de manière réfléchie», et que «les milieux concernés en ont été informés il y a plus de deux ans», indique Roland Godel, porte-parole du DI. «Chaque conducteur de deux-roues peut désormais trouver une solution à proximité de sa destination, tout en respectant les règles en vigueur.»

Pas stigmatiser mais «rétablir le respect de la loi»

Enfin, déclare le conseiller d’État Serge Dal Busco: «Il ne s’agit pas de stigmatiser un type d’usagers, mais tout simplement de rétablir le respect de la loi. Le procureur général a plusieurs fois alerté à juste titre au sujet de l’illégalité du stationnement des motos sur les trottoirs et rappelé qu’il ne saurait être question d’une quelconque tolérance.»

Près de 12’000 avertissements

En 2019, environ 1600 places ont été créées en surface après analyse des besoins sur le terrain, et s’ajoutent aux 2600 mises en place entre 2014 et 2018. En Ville, plus de 13’500 places au total existent sur la voirie. Par ailleurs, il y a plus de 1800 places en sous-sol, dont 600 réalisées ces dernières années. Lors des deux phases de sensibilisation, en juin et depuis la rentrée jusqu’à fin octobre, environ 12’000 flyers devraient avoir été posés sur des deux-roues garés sur les trottoirs.

S’il est prévu d’amender dès novembre, en revanche, «il n’y aura pas d’opération spéciale, indique le DI. Les agents de la Fondation des parkings contrôleront et verbaliseront au cours de leurs rondes régulières et donc dans le cadre de leurs tâches usuelles.» En outre, «en cas de déséquilibres ponctuellement observés sur certains endroits précis par nos services qui suivront ce dossier avec attention, des places pourront être réalisées en fonction des possibilités.» À Lausanne, les deux-roues motorisés garés «hors case» sont amendés. Pour ces véhicules, il existait 6139 places à fin 2020. Le district comptait près de 12’000 motocycles en 2019, et le double avec les districts de l’Ouest Lausannois et de Morges, selon le site de Statistique Vaud.

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