26.08.2020 à 14:59

TorontoOn se mobilise pour sauver un chêne plus vieux que le Canada

Un arbre vieux de plusieurs siècles, adossé à un pavillon privé fait partie des vestiges les plus précieux de la ville. Mais un nouveau propriétaire s’est dit inquiet des coûts liés à son entretien, et il craint que ses racines soient devenues une menace pour la structure de la maison.

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Le chêne, âgé d’environ 300 ans, est adossé à un pavillon privé. 

Le chêne, âgé d’environ 300 ans, est adossé à un pavillon privé.

AFP
Edith George, une résidente de North York, se tient à côté de l’arbre  pour qui elle s’est battue durant 14 ans. 

Edith George, une résidente de North York, se tient à côté de l’arbre pour qui elle s’est battue durant 14 ans.

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À l’ombre de ses gratte-ciels toujours plus nombreux, Toronto se mobilise pour préserver un bout de son histoire: un majestueux chêne haut de 24 mètres et vieux de plusieurs siècles, adossé à un pavillon privé.

La municipalité veut racheter la maison, la raser et créer un espace public autour de l’arbre, mais la pandémie de coronavirus est venue compliquer ses plans.

L’imposant chêne rouge d’Amérique, qui pourrait avoir près de 300 ans, domine le quartier de North York, dans le nord de la métropole. Il est l’un des plus vieux arbres de la plus grande ville du pays, dont l’agglomération compte quelque six millions d’habitants.

Vestige d’une forêt séculaire, l’arbre est aujourd’hui situé en plein lotissement, posé dans le jardin d’une propriété privée. Son tronc, immense, fait 5 mètres de circonférence et frôle la façade arrière d’une maison construite dans les années 1960. L’été, ses longues et lourdes branches la recouvrent presque entièrement.

Raser la maison pour le sauver

Une cohabitation qui a longtemps fonctionné. Mais ces dernières années, un nouveau propriétaire s’est dit inquiet des coûts liés à l’entretien de l’arbre, et il craint que ses racines soient devenues une menace pour la structure de la maison.

Certains voisins redoutent, eux, de voir un jour le spécimen dépérir ou être emporté par une tempête. Pour le protéger et pour qu’il soit accessible à tous, le conseil municipal a voté en 2018 pour racheter la propriété, raser la maison et transformer le terrain en un petit parc public.

«La Rolls des arbres»

De longues négociations ont abouti l’an passé à un accord entre la ville et l’actuel propriétaire pour un rachat de la propriété.

Une issue qui réjouit Edith George, une habitante du quartier qui se bat avec passion depuis 14 ans pour préserver ce chêne dont la beauté, dit-elle, est à «couper le souffle.» «C’est la Rolls-Royce des arbres», assure la retraitée sexagénaire.

On estime que l’arbre est âgé entre 250 et 300 ans – voire plus – et qu’il peut encore vivre, dans de bonnes conditions, au moins deux autres siècles.

«Un arbre comme ça coûte cher à entretenir. Si c’est un lieu public, la ville pourra mieux s’en occuper que moi», reconnaît Ali Simaga, le propriétaire du pavillon depuis 2015. «Je ne veux pas non plus être égoïste et le garder pour moi seul.»

Menacé par la pandémie

Mais l’affaire n’est pas encore conclue. Car la municipalité a posé une condition à l’achat du terrain: que la moitié du montant soit assurée par la population via des dons privés.

En décembre 2019, elle a lancé une levée de fonds et s’est donné jusqu’à fin 2020 pour récolter 430’000 dollars canadiens (environ 300’000 francs).

Après un début prometteur, marqué par une promesse de 100’000 dollars par un couple de philanthropes locaux, la levée de fonds a été ralentie par la pandémie de Covid-19.

Mi-juillet, environ 125’000 dollars, soit près de 30% de la somme espérée, avaient été récoltés. Si le total ne peut être mobilisé d’ici le 12 décembre et sans extension de la collecte de fonds, l’argent reçu sera utilisé pour appuyer des programmes de plantation d’arbres dans la ville, laissant l’avenir de ce chêne historique au conditionnel.

Une plaque en son honneur

Celui-ci se trouve près du Portage de Toronto, une ancienne grande route commerciale jadis utilisée par les Amérindiens puis par les colons Européens, explique Madeleine McDowell, une historienne locale.

Le sentier reliait les lacs Ontario et Simcoe, connectant la région aux Grands Lacs. Les plus grands arbres étaient utilisés comme des «repères» par les voyageurs.

Le chêne de North York est un «vestige» de cette forêt, dit-elle. Et il était sans doute déjà grand lorsque la ville de York, l’ancêtre de Toronto, fut établie par les Britanniques près du lac Ontario en 1793.

«Cet arbre est ma cathédrale»

Edith George

«C’est un arbre extraordinaire qui fait partie du patrimoine de Toronto et du Canada», précise Manjit Jheeta, directrice du Bureau des partenariats de la ville de Toronto. «Et il raconte l’histoire de notre pays», ajoute-t-elle.

L’an passé, la ville de Toronto a inauguré une plaque en son honneur, une première pour un arbre de la métropole. Sa valeur écologique n’est pas non plus moindre : le chêne retient à lui seul plus de 11 tonnes de carbone.

«Quand des choses horribles se produisent, je ne vais pas dans une église, je viens ici. Cet arbre est ma cathédrale», lance Edith George. «C’est un survivant. Il nous donne de l’espoir pour notre planète qui est en péril.»

(AFPE)

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