À la découverte de La Brévine (suite): «On souffre du chaud à La Brévine»

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À la découverte de La Brévine (suite)«On souffre du chaud à La Brévine»

La commune neuchâteloise est réputée pour son froid extrême. Elle cumule d'ailleurs les records de températures négatives. Et pendant près de trente ans, c'est Marcel Blondeau qui s'est occupé des relevés météorologiques de la commune. Rencontre.

par
Thomas Piffaretti

C'est avec une franche poignée de main et un sourire malin que Marcel Blondeau accueille ses visiteurs. L'homme est un pur Brévinier. Il est né et a toujours habité La Brévine. Il a tour à tour exercé les métiers de scieur, menuisier ou charpentier, avant de prendre une retraite bien méritée. Il a également été plusieurs fois médaillé aux championnats suisses de ski de fond dans sa jeunesse.

Mais ce qui caractérise peut-être le mieux Marcel Blondeau, c'est le fait qu'il ait été le Monsieur météo de La Brévine pendant plus de 28 ans. Entre 1969 et 1997 – date à laquelle Météosuisse a installé une station de mesures automatique –, Marcel Blondeau a relevé les températures et le niveau des précipitations de la commune, et ce trois fois par jour.

«-15 degrés, c'est rien!»

Le Brévinier a donc vu défiler les températures négatives. «C'est rien -15°, s'exclame-t-il en évoquant les températures qu'il peut faire en automne. Mon record, c'est -41,8!» C'était le 12 janvier 1987, au petit matin, quand le soleil levant comprime encore le froid dans la vallée de La Brévine.

Ce froid sibérien, les habitants de la vallée le connaissent et le maîtrisent, à en croire Marcel Blondeau. «Il faut connaître la combine», lâche-t-il. Des vêtements adaptés et le tour est joué. Il assure qu'«avec ce froid sec, on est même moins malade ici en hiver qu'en plaine». Un poncif dit d'ailleurs que «-25° à La Brévine, c'est comme -5° à Genève un jour de Bise».

La fraîcheur de La Brévine est même la bienvenue pour Marcel Blondeau. «A partir de 25 degrés, on souffre du chaud. On n'a pas l'habitude. Heureusement que les nuits sont toujours fraiches», affirme-t-il.

Le revers de la médaille

Le seul bémol que pourrait voir Marcel Blondeau dans le climat local réside dans l'image qu'il renvoie de la commune au reste de la Suisse. Jusqu'à récemment, très peu de touristes s'aventuraient dans la région de peur du froid, témoigne-t-il. Certains pensaient même que les conditions de vie des habitants de La Brévine n'étaient pas aussi modernes que celles du reste du pays, à cause de ces températures extrêmes. «On le sait bien qu'on est la Sibérie de la Suisse, mais ils y en a qui exagèrent». Les mentalités seraient toutefois en train de changer.

Et puis le Brévinier aime sa commune et son froid légendaire comme ils sont. Il se montre ainsi très peu attaché à l'image de Sibérie et au record climatique. «Ce n'est pas une gloire. Ça ne me ferait rien, si on nous le volait», conclut-il.

La géographie du lieu crée le froid

Météosuisse explique que c’est la situation géographique de la commune qui fait son particularisme climatique. Encastrée au milieu d’un cuvette vallonnée, La Brévine voit le froid s’accumuler et stagner autour d’elle. C’est donc normal que les valeurs négatives soient aussi spectaculaires. La géographie du lieu provoque également de forts écarts de températures entre les minimales et les maximales. En une journée, on peut ainsi perdre ou gagner près de 30 degrés. Il faut encore savoir qu’il gèle tous les mois à La Brévine.

Rien que pour la semaine du 30 août au 7 septembre, les températures sont tombées cinq fois sous zéro à La Brévine. Le 31 août dernier, il a fait -2.6 degrés au plus froid de la journée, et 25 degrés au plus chaud. Pour comparaison, ce jour là à Lausanne, le record de fraîcheur atteignait 13.6 degrés, tandis que le mercure affichait 25.5 degrés au meilleur de la journée. (Données Météosuisse, exprimées en degrés Celsius)

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