Actualisé 05.05.2014 à 05:20

Crise ukrainienne«On va tous mourir ici, tels de vulgaires cafards!»

A Slaviansk, le fief de la rébellion armée pro-russe assiégé par les troupes ukrainiennes, la vie tourne au ralenti. Entre couvre-feu et pénurie, la population désespère.

Dernière illustration de la dégradation de la situation à Slaviansk, cette ville de l'est de l'Ukraine où les problèmes d'approvisionnement commencent à se faire sentir et où la sécurité dans les rues est de moins en moins assurée, les transports en commun ont cessé de fonctionner. Et cela depuis qu'une vaste «opération antiterroriste» ayant abouti à un encerclement complet de la ville et à la prise de la tour de la télévision a été déclenchée vendredi par Kiev.

Au marché Globus, dimanche, Svetlana ne peut proposer à ses clients qu'un maigre assortiment de choux, de pommes et de carottes. «Non, il n'y a plus de radis», répond tristement cette marchande de primeurs à un couple venu faire ses courses. «Vous comprenez, je ne peux pas aller chercher les fruits et les légumes hors de Slaviansk, les routes sont coupées.»

Désespérée par la situation, elle poursuit: «On va tous mourir ici, tels de vulgaires cafards!»

Feux de détresse

Dans cette cité hérissée de barrages, les quelques rares automobilistes se risquent encore à prendre le volant le font avec les feux de détresse enclenchés, afin de signaler aux insurgés de faction qu'ils n'ont pas d'intention malveillante à leur égard. Une nuée de cyclistes se faufilent entre arbres coupés, entassements de pneus et autres blocs de béton placés en travers de la chaussée.

Quant à la gare ferroviaire, ses portes sont closes depuis vendredi et seuls des chiens errants, dont le nombre augmente constamment et partout, arpentent ses quais déserts.

Courrier et colis en rade

Des difficultés surgissent également à la poste. «Ma tante est très malade et elle a besoin d'urgence des médicaments qu'on lui a envoyés de Moscou il y a une semaine. Mais le colis n'est toujours pas arrivé», déplore ainsi une femme.

Rien de changé en revanche pour les écoles, les magasins et les banques, qui sont régulièrement fermés, au rythme des alertes. Et il reste quasiment impossible de trouver un café ou un restaurant ouvert après 20 h, alors que le couvre-feu n'entre en vigueur qu'à minuit.

Rumeurs invérifiables

Sur fond d'écho de fortes détonations ou de tirs à l'arme automatique en provenance de la périphérie, d'invérifiables mais récurrentes rumeurs font état de la présence de tireurs embusqués ukrainiens. Le sentiment d'insécurité est d'autant plus grand que les policiers en uniforme sont pratiquement absents de Slaviansk, où les miliciens font aujourd'hui la loi.

Ceux-ci, à pied ou à bord de voitures sans plaques d'immatriculation, n'hésitent pas à procéder à des arrestations musclées au cours desquelles ils obligent les «suspects» à s'allonger sur le ventre, leur arme pointée sur eux.

Toutefois, une bonne partie de la population redoute davantage encore les militaires ukrainiens. A l'instar de ces villageois qui ont bloqué vendredi un détachement de parachutistes ukrainiens à Andriïvka, à cinq kilomètres au sud de Slaviansk. «J'aimerais bien aller sur les barricades pour me battre, mais je dois travailler chaque jour, de 7 h et demie à 19 h. Tout ça pour gagner une misère, juste de quoi survivre», lâche encore Svetlana.

Démonstration de force

En début d'après-midi, quatre blindés, dont un arborant un drapeau russe, sur lesquels des dizaines de rebelles sont sagement assis, font brusquement irruption au milieu d'un nuage de fumée près de la mairie. Comme pour convaincre les 110'000 habitants de Slaviansk de la détermination des «commandants» locaux à les défendre jusqu'au bout contre les «agresseurs fascistes», ainsi qu'ils appellent les soldats ukrainiens. (ats)

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