Actualisé 24.06.2019 à 15:45

Allemagne

«On voit ce que peut faire la puissance d'un groupe»

Des milliers de défenseurs du climat venus de toute l'Europe se sont rassemblés en Allemagne pour frapper un grand coup: ils se préparent à bloquer la plus grande mine de charbon à ciel ouvert d'Europe. Des Suisses sont parmi eux.

de
Pauline Rumpf
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La mine de Hambach, ici en septembre 2018, s'étend peu à peu sur le territoire de la forêt millénaire adjacente.

La mine de Hambach, ici en septembre 2018, s'étend peu à peu sur le territoire de la forêt millénaire adjacente.

AFP/Federico Gambarini
Sheridan, Simon, Antoine, Alice et Alex (de gauche à droite) ont pris la route depuis Lausanne pour se joindre à l'action.

Sheridan, Simon, Antoine, Alice et Alex (de gauche à droite) ont pris la route depuis Lausanne pour se joindre à l'action.

Pauline Rumpf
Le petit groupe de romands réalise l'ampleur de la mine en voyant passer l'incessant va-et-vient de camions transportant du charbon.

Le petit groupe de romands réalise l'ampleur de la mine en voyant passer l'incessant va-et-vient de camions transportant du charbon.

Pauline Rumpf

L'ambiance est fébrile, mais festive, dans le camp éphémère créé sur mesure pour les milliers de militants venus de toute l'Europe pour bloquer la mine de charbon de Hambach. Certains ont parcouru des centaines de kilomètres à vélo, d'autres ont péniblement dormi dans un bus ou un train. Pour certains c'est une première, mais d'autres ont déjà plusieurs éditions de cet événement majeur de la lutte climatique dans les pattes, comme le youtubeur Vincent Verzat («partager c'est sympa»), désormais vétéran. Depuis la Suisse, près de 70 Romands ont pris la route pour se joindre au mouvement. «Quand on se bat chacun de son côté, on ne réalise pas l'ampleur de ce qu'on peut réaliser tous ensemble, avec la puissance du groupe», explique Antoine, Lausannois de 23 ans.

Les éléments ne sont pourtant pas en faveur de l'action «Ende Gelände». Le lieu de camp final a été autorisé par les autorités seulement jeudi, la météo transperce de vent, de brouillard et de froid les vestes des activistes, et les tentes se trouvent à plusieurs kilomètres à pied du lieu de l'action. Ils se lèveront pourtant tous aux aurores samedi pour les parcourir, et tenter de pénétrer dans la gigantesque mine de charbon de Hambach.

Pour y parvenir, les organisateurs de Ende Gelände ont préparé des formations pour apprendre à réagir face à la police, à mettre au point des blocus, à créer des chaînes humaines pour éviter les interpellations. Une stratégie d'infiltration, encore secrète, est en cours de finalisation. Et pour les petits conforts plus terre à terre, des citoyens ont tricoté des écharpes rouges en signe de soutien à l'action; elles ont été reçues par les participants présents avec reconnaissance. «Ça devient très réel d'un coup, raconte Sheridan, 21 ans. On sent que ça ne sera pas pour rigoler, quand certains habitués pourtant baraqués racontent leurs expériences de désobéissance civile...»

De leur côté, les policiers se sont aussi préparés. Un comité d'accueil impressionnant attend les arrivants à la gare la plus proche, et plusieurs centaines d'agents seront mobilisés samedi afin de contrôler notamment le matériel des manifestants (armes, engins pyrotechniques ou encore cagoules sont interdits par la loi allemande). «Nous travaillons cependant en collaboration avec le comité de Ende Gelände», indique un porte-parole de la police, tout en rappelant que la démarche des militants est bel et bien illégale.

Forêt millénaire décimée par l'exploitation du charbon

Dans la mine de Hambach, l'entreprise RWE exploite de la lignite, qui produit de l'électricité de façon très polluante, dénoncent plusieurs organisations environnementales depuis des années. L'excavation, la plus grande mine à ciel ouvert d'Europe, s'étend peu à peu à la place d'une forêt millénaire, dont les derniers hectares (environ 220 sur les 4200 existants en 1978) sont habités depuis près de 6 ans par des militants pour empêcher sa destruction.

Ces derniers mois, une grosse opération de police visant à les déloger s'est heurtée à de nombreuses manifestations, avec un épisode tragique lorsqu'un blogueur est mort en tombant d'une passerelle durant l'intervention.

L'agrandissement de la mine, annoncé par l'entreprise, a connu un revers début octobre, après le dépôt d'un recours par l'organisation environnementale allemande Bund. La justice a en effet estimé qu'un effet suspensif était pertinent jusqu'au verdict, d'ici 2020.

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