Actualisé 24.10.2017 à 05:49

Bangladesh - BirmanieONU: les Etats répondent à la crise des rohingyas

Les pays ont doté l'aide aux réfugiés de 335 millions de dollars et prié la Birmanie d'oeuvrer pour leur retour. Berne a promis 8 millions de francs.

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Des crimes de guerre ont bien été commis contre les Rohingyas mais pas de génocide, assure un rapport d'enquête birman lundi. (20 janvier 2020)

Des crimes de guerre ont bien été commis contre les Rohingyas mais pas de génocide, assure un rapport d'enquête birman lundi. (20 janvier 2020)

AFP
L'ancienne icône de la démocratie Aung San Suu Kyi comparait devant la Cour internationale de justice mardi pour défendre la Birmanie, accusée par d'autres pays de «génocide» contre les Rohingyas. (Mardi 10 décembre 2019)

L'ancienne icône de la démocratie Aung San Suu Kyi comparait devant la Cour internationale de justice mardi pour défendre la Birmanie, accusée par d'autres pays de «génocide» contre les Rohingyas. (Mardi 10 décembre 2019)

Keystone
Aung San Suu Kyi, à gauche, est accueillie par un représentant du Myanmar à son arrivée à l'aéroport de Rotterdam, aux Pays-Bas. (8 décembre 2019)

Aung San Suu Kyi, à gauche, est accueillie par un représentant du Myanmar à son arrivée à l'aéroport de Rotterdam, aux Pays-Bas. (8 décembre 2019)

AFP

La solution à la crise des centaines de milliers de Rohingyas musulmans au Bangladesh «se trouve en Birmanie». Tout en dotant l'aide aux réfugiés de 335 millions de dollars, les Etats et les organisations ont appelé lundi à Genève les autorités birmanes à oeuvrer pour leur retour. La Suisse a annoncé quatre millions de francs supplémentaires.

Plus de 900'000 Rohingyas se trouvent désormais à Cox's Bazar, dont quelque 600'000 sont arrivés en moins de deux mois. Ciblée par des meurtres, de la torture ou encore des violences sexuelles, cette minorité a été victime d'un «modèle de nettoyage ethnique», selon l'ONU.

Au terme de la réunion de lundi, organisée par l'UE et le Koweït, l'ONU mais aussi le Croissant-Rouge local et les autres acteurs disposeront de 335 millions de dollars. «Nous devons être prêts» pour des efforts humanitaires sur une longue période, au-delà de l'appel de 434 millions de dollars (environ 427 millions de francs) lancé jusqu'en février prochain, a dit devant la presse le chef des affaires humanitaires de l'ONU Mark Lowcock.

Il n'exclut pas une nouvelle conférence de donateurs début 2018. Les camps de Cox's Bazar sont «une bombe à retardement», selon la présidente de Médecins Sans Frontières (MSF) Joanne Liu.

La fuite des Rohingyas vue d'un drone

Le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) a diffusé des images de l'exode des Rohingyas à la frontière entre la Birmanie et le Bangladesh.

Plus de 2 millions de la Chaîne du Bonheur

La Suisse a elle décidé de doubler son aide pour les réfugiés rohingyas au Bangladesh à huit millions de francs. Son soutien se décline en une contribution financière, en matériel et en expertise, a dit le délégué du Conseil fédéral à l'aide humanitaire Manuel Bessler.

Un quatrième membre du Corps suisse d'aide humanitaire doit arriver dans les prochains jours et sera chargé de piloter la rénovation de deux bâtiments de l'hôpital. Ce site où sont soignés aussi bien les Rohingyas que les communautés locales passera de 100 à 300 lits, alors que 600 patients s'y trouvent.

Lundi, la Chaîne du Bonheur a elle indiqué avoir récolté pour le moment 2,3 millions de francs. De retour du Bangladesh il y a quelques semaines, M. Bessler souligne «la dimension et la rapidité» de cette crise de réfugiés.

«C'est comme si la population de la ville de Zurich se déplaçait en quelques semaines». Or, les zones prévues par le Bangladesh ne devraient accueillir que 150'000 à 200'000 personnes là où elles sont déjà près d'un million.

Centaines de milliers de Rohingyas ciblés

Plus de 580'000 Rohingyas arrivés récemment ont eu accès à de la nourriture. Plus de 370'000 personnes ont bénéficié d'eau potable et de mesures d'hygiène et une assistance sanitaire a été donnée à près de 280'000 réfugiés. La vaccination, notamment face aux risques de choléra, doit éviter «une crise dans la crise», a estimé M. Lowcock.

Problème, l'organisation de l'aide doit être améliorée, dit M. Bessler. «Nous avons des mécanismes. Il faut les utiliser», ajoute-t-il en référence au dispositif habituel du coordinateur humanitaire de l'ONU.

Discussion suisse avec l'armée birmane

Tout autant que vers le Bangladesh, les discours étaient tournés vers la Birmanie «où se trouvent les raisons mais aussi la solution» au déplacement de population. Au centre des demandes figurent la fin des violences, un accès sans entraves pour l'aide humanitaire et les conditions pour un rapatriement «sûr et volontaire» des réfugiés. Le Conseil de sécurité doit se saisir de cette question.

La Suisse, elle, a profité de la venue de hauts responsables de l'armée birmane la semaine passée pour avoir «une discussion animée» avec eux sur les questions humanitaires, a dit M. Bessler. Ceux-ci ont montré un «intérêt».

De son côté, le Haut commissaire pour les réfugiés Filippo Grandi se réjouit des discussions qui viennent de débuter entre la Birmanie et le Bangladesh pour préparer un retour des réfugiés. Mais il s'attend à un dialogue «étape par étape», «assez lent», notamment sur la citoyenneté. La Birmanie considère les Rohingyas comme des migrants illégaux chez elle, une attitude ciblée à Genève par le Bangladesh.

«Tous souhaitent rentrer» en Birmanie, dit le directeur général de l'Organisation internationale pour les migrations (OIM) William Lacy Swing qui était sur place la semaine dernière. M. Grandi met toutefois en garde le gouvernement du Bangladesh contre des retours forcés.

Alors que de nombreux villages ont été détruits, le HCR n'est pas favorable à des camps dans l'Etat Rakhine qui limiteraient la liberté de mouvement des Rohingyas. (nxp/afp)

(NewsXpress)

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