Automobile: Opel tente de convaincre l'Allemagne qu'il mérite d'être sauvé
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AutomobileOpel tente de convaincre l'Allemagne qu'il mérite d'être sauvé

Opel, filiale de General Motors, a tenté lundi de convaincre l'Etat allemand qu'il peut se transformer en constructeur autonome et viable qui mérite d'être sauvé à coups de milliards.

Sans grand succès pour le moment.

Ses dirigeants étaient à Berlin pour plaider leur cause auprès du ministre de l'Economie, Karl-Theodor zu Guttenberg, et lui présenter leur plan de sauvetage qui prévoit notamment l'octroi de 3,3 milliards d'euros (4,9 milliards de francs) d'aides publiques.

Mais, pour l'instant, le gouvernement continue d'afficher ses réticences. «Il y a encore des questions ouvertes», a jugé le ministre, à l'issue de la réunion. Berlin va «examiner soigneusement le projet», et continuer à mener des discussions, y compris avec le gouvernement américain, a-t-il ajouté. Le ministre conservateur doit se rendre dans deux semaines aux Etats-Unis.

Condition sine qua non

Le plan de sauvetage, adopté vendredi par le conseil de surveillance d'Opel, prévoit davantage d'autonomie vis-à-vis de la maison mère de Detroit. Il s'agit d'une condition sine qua non posée par Berlin à son soutien financier, le gouvernement craignant que son aide éventuelle ne parte aux Etats-Unis renflouer GM en pleine déroute.

Car si Opel est toujours considérée comme une marque allemande, figurant au patrimoine industriel du pays depuis le 19e siècle, le constructeur appartient à GM depuis 80 ans et la crise économique de 1929. Le constructeur est une filiale à 100% de GM et ne publie pas de bilan séparé, rappelle-t-il.

Selon des membres du puissant syndicat IG Metall, Opel n'a pas de compte bancaire. Faux, rétorque le porte-parole d'Opel. «Bien sûr qu'Opel a ses comptes mais il est vrai qu'il se refinance complètement via GM», admet-il.

Parallèlement, selon la presse, GM aurait dépossédé Opel, il y a deux ans, de ses brevets les plaçant dans une filiale basée aux Etats-Unis, GM GTO, et obligeant l'allemand à payer un droit de licence pour ses propres véhicules.

Officiellement, Opel ne commente pas, le porte-parole se contentant d'indiquer que le constructeur «a un accès total aux brevets», sans préciser s'il le paie ou non.

Or l'enjeu est énorme: sur les trois grands centres de recherche et développement de GM dans le monde, celui de Rüsselsheim (D, 6500 salariés) travaille sur les véhicules de petite et moyenne gamme pour l'ensemble du groupe. Or ce segment est jugé bien plus porteur à l'avenir que les gros modèles de GM, plus polluants et plus coûteux.

Opel est aussi en pointe au sein de GM pour les voitures écologiques et va présenter au salon de Genève cette semaine son premier modèle de voiture électrique, l'Ampera. «C'est une voiture Opel», dit le porte-parole, qui rappelle que le projet voitures électriques de GM, basé aux Etats-Unis, est dirigé par «un ingénieur de Rüsselsheim».

Toutes ces imbrications réciproques rendent impossible une rupture totale entre GM et Opel, admettent direction et syndicalistes. D'autant que seul, Opel est trop petit pour survivre, selon Albrecht Denninghoff, analyste de BHF-Bank.

Reste à trouver une forme juridique valable et négocier les conditions de l'autonomie d'Opel dans les prochaines semaines. En Allemagne, près de 26 000 emplois sont en jeu, sans compter les usines en Belgique, Grande-Bretagne et Espagne notamment.

(ats)

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