Suisse: Opéré quatre fois alors qu'il voulait mourir
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SuisseOpéré quatre fois alors qu'il voulait mourir

Un patient malade d'un cancer avancé et au bénéfice d'une assurance privée a été opéré contre sa volonté.

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cht/nxp
L'homme qui ne voulait pas que l'on s'acharne sur lui, a été opéré lourdement plusieurs fois contre sa volonté.

L'homme qui ne voulait pas que l'on s'acharne sur lui, a été opéré lourdement plusieurs fois contre sa volonté.

Keystone

C'est une triste histoire que relate vendredi la Neue Zürcher Zeitung (NZZ). Celle de Martin Lenoir (nom d'emprunt), hospitalisé en automne 2014 dans une clinique privée de Suisse en raison d'un cancer de la prostate et de métastases dans les poumons. Il va y subir trois lourdes interventions pour le maintenir en vie, alors qu'il souhaitait mourir paisiblement.

En effet, l'homme, âgé de 75 ans au moment des faits, ne voulait surtout pas que l'on s'acharne sur lui, suite au décès de son épouse dans la même clinique de complications après un cancer également. Il charge donc un ami de l'inscrire à Exit, l'association d'aide au suicide médicalement assisté. Mais il est trop tard. «Il était déjà dans les mains de la clinique», raconte son fils. L'ami du patient tente lui aussi de stopper cet acharnement thérapeutique. Mais les médecins lui expliquent que s'ils ne font rien, le patient va mourir la nuit même.

Il faudra une 4e opération et un mois de séjour dans la clinique privée pour que Martin Lenoir soit enfin transféré dans une institution spécialisée en soins palliatifs. Institution dans laquelle il finira par décéder quelques jours plus tard.

Gagner de l'argent Ses fils sont furieux aujourd'hui. Pour eux, la clinique voulait se faire de l'argent sur le dos de leur père. «Une opération dont le taux de succès est de 20% serait difficilement imaginable chez une personne en phase terminale, couverte uniquement par l'assurance de base», explique l'un d'eux à la NZZ.

Une hypothèse rendue plausible par le montant des frais de Martin Lenoir pendant son séjour dans la clinique. Son assurance a dû en effet verser 83'500 francs à celle-ci, et 86'000 francs avec les soins palliatifs. Une somme conséquente alors qu'il n'y avait aucune chance de prolonger significativement la vie du patient.

Pas de blâme

Du côté du monde médical, le président de l'académie suisse des sciences, Daniel Scheidegger ne blâme pas la clinique. Même s'il reconnaît avoir eu vent de cas similaires, il estime qu'il est difficile de juger car il n'était pas présent lors des discussions entre les médecins et le patient. On ne peut donc rien prouver, confie-t-il à la NZZ. Mais il admet que les patients assurés en privé risquent une «surmédicalisation» car le« danger est grand que les médecins tentent des choses absurdes car c'est terriblement lucratif.»

Et la statistique le montre: selon une étude de 2016 mandatée par l'Office fédéral de la santé publique, les patients au bénéfice d'une assurance privée ou mi-privée sont 2,2 fois plus souvent opérés du genou que les autres assurés. Les patients plus aisés se voient aussi poser 1,3 plus souvent une nouvelle hanche que les autres.

Quant à l'association Cliniques privées suisses, interrogée elle aussi, elle n'a pas voulu se prononcer.

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