Afrique du Sud: Oscar Pistorius a «aggravé son cas à la barre»
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Afrique du SudOscar Pistorius a «aggravé son cas à la barre»

Des avocats estiment que l'athlète aura du mal à effacer l'impression négative laissée par son témoignage, lors de son procès pour le meurtre de sa petite amie en février 2013.

Au 24e jour de procès pour meurtre d'Oscar Pistorius, mercredi, les experts ont repris la parole, pour tenter de démonter la version de l'accusation. Mais, selon l'avis de plusieurs avocats sud-africains interrogés par l'AFP, le champion paralympique s'est lui-même fait du tort durant les sept jours consécutifs où il déposait à la barre, en se contredisant.

Initialement, Pistorius avait déclaré qu'il se croyait attaqué par un cambrioleur quand il a tiré quatre coups de feu sur la porte des toilettes. Cela pouvait lui permettre de se couvrir derrière le principe de la légitime défense et de justifier l'usage de la force.

Mais durant le contre-interrogatoire du procureur Gerrie Nel, l'athlète de 27 ans a changé sa version pour dire qu'il avait tiré sur la porte accidentellement, suggérant une action involontaire.

«Deux versions, c'est comme pas de version», résumait dans les colonnes du «Star» mercredi le pénaliste de l'Université de Pretoria, Wium de Villiers.

«Pas le temps de réfléchir»

Pistorius a aussi suggéré que son comportement n'était pas rationnel lorsqu'il a déchargé son 9 mm, déclarant «n'avoir pas eu le temps de réfléchir». Sa victime s'est effondrée derrière la porte, touchée d'abord à la hanche puis au bras et à la tête.

«Vous avez tiré quatre fois à travers la porte sachant qu'elle était là et qu'elle vous parlait. Qu'elle s'était enfermée à l'intérieur et vous vous êtes armé avec la seule intention de la tuer. C'est seulement après coup que vous avez été dépassé par ce que vous aviez fait!» a tonné le procureur, connu pour son acharnement et surnommé déjà avant le procès «le bulldog».

«Il est allé au danger avec son arme, la sécurité retirée, et il a progressé dans le couloir d'une manière qu'il a décrite comme très tactique», remarque Martin Hood, un avocat pénal de Johannesburg. «Donc toutes ses décisions étaient très conscientes et intentionnelles.»

Version «ajustée »au fur et à mesure

Le procureur a aussi eu beau jeu de pointer omissions et contradictions entre la version donnée sur le papier par les avocats de Pistorius et le récit fait par l'athlète.

«Vous réfléchissez constamment à votre version et vous ne répondez pas aux questions», l'a accusé le procureur. «Cela devient de plus en plus improbable et vous ajustez de plus en plus, à mesure que nous avançons», lui a-t-il reproché.

Concernant les divergences entre sa déposition orale et les deux versions écrites, Pistorius a rejeté la faute sur ses avocats. Il a aussi accusé la police d'avoir tout déplacé dans sa chambre lorsque les photos de la scène de crime ont paru l'incriminer.

«Il était le seul présent, il devait témoigner»

Selon William Booth, un autre avocat connu du Cap, Pistorius a commis des erreurs d'école à la barre, se montrant évasif, ne répondant pas directement aux questions et contestant quand même, d'une petite voix.

Après sa longue confrontation avec le procureur, «son avocat a essayé très brièvement de redresser la situation, mais il était probablement judicieux de ne pas insister», a ajouté William Booth. «Poser davantage de questions ne pouvait qu'empirer la situation.»

«Je pense que, rétrospectivement, ils regrettent probablement de l'avoir cité comme témoin», enchaîne l'avocat. Mais «le problème est qu'il devait témoigner pour sa défense... il était le seul témoin de l'incident.» (afp)

Pas de verdict avant le mois de juin

Le procès d'Oscar Pistorius sera suspendu entre le week-end de Pâques qui commence jeudi soir en Afrique du Sud et le 5 mai, notamment pour permettre au parquet de se consacrer à une autre affaire, a confirmé mercredi la juge Thokozile Masipa. La juge a aussi souligné les contraintes personnelles d'agenda de l'équipe du parquet, alors que le procès, initialement prévu du 3 au 20 mars, a pris beaucoup de retard.

Aucun verdict n'est à attendre au mois de mai, quand bien même le procès serait bouclé le 16. Les deux parties devront ensuite soumettre leurs arguments par écrit. La procédure en Afrique du Sud veut que la cour ne revienne que plusieurs semaines plus tard pour annoncer le verdict, puis quelques semaines plus tard encore l'éventuelle sentence.

Le drame aurait-il pu être évité?

Pistorius plaide non coupable du meurtre intentionnel de sa petite amie, de même que des autres chefs d’accusation. Il lui est notamment reproché son imprudence lorsqu'il avait essayé, puis tiré, avec l'arme d'un ami dans un restaurant, le Tasha's, début 2013. Plusieurs commentateurs ont regretté dans les médias que ce coup de feu dans un établissement public n'ait jamais été signalé à la police. Ils estiment que cela aurait peut-être conduit à priver Pistorius de son permis de port d'armes et aurait pu contribuer à épargner une vie, quelques semaines plus tard.

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