Littérature du XXIe siècle: Oskar Freysinger sort des poèmes écrits sur iPhone
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Littérature du XXIe siècleOskar Freysinger sort des poèmes écrits sur iPhone

Le politicien valaisan est aussi un écrivain. «20 minutes» a recueilli les avis de parlementaires fédéraux et d'un spécialiste en littérature sur son dernier ouvrage. Verdict?

par
Grégoire Corthay

«La pintade», «Le chat», «L'artiste» (Jérôme Rudin) ou «Les jambes» sont quelques-uns des 52 poèmes (à découvrir dans notre diaporama) qui composent «i-Mages», le dernier livre d'Oskar Freysinger. Les poèmes du lauréat du prix de poésie du Festival Rilke de Sierre en 2009 ont l'originalité d'avoir été écrits sur un iPhone en s'inspirant de photos prises, également grâce à un iPhone, par Slobodan Despot.

Un style arriéré de poésie

«20 minutes» a soumis, sans préciser qui en était l'auteur, quelques-uns des textes d'Oskar Freysinger à Jérôme Meizoz, un enseignant de littérature française à la Faculté des Lettres de l'Université de Lausanne et écrivain.

Résultat? «Les recherches en littérature ne visent pas à poser des jugements de valeur sur les textes. Dans le cas présent, je remarque l'émergence d'une forme courte liée à une technologie de la communication. Le format du texte dépend ici du support technique, comme dans les romans japonais diffusés par SMS: ce sont des poèmes très courts, illustrant une image, dont la taille est liée à l'écran» explique le spécialiste valaisan.

«Mais, autant la technologie est avancée, autant l'esthétique du poème court s'avère traditionnelle, voire ancienne: dans cette conception, la poésie c'est le vers et la rime. Or cette idée est dépassée depuis longtemps. Par contre, ces textes proposent une sorte de jeu poétique avec les sonorités et les mots, qui manifeste un vrai plaisir ludique de la langue» souligne Jérôme Meizoz.

«Il a un talent respectable»

Du côté des collègues parlementaires d'Oskar Freysinger, les œuvres du poète de Savièse sont diversement appréciés. «Les vers d'Oskar Freysinger se situent entre la concision poétique du haïku et les bouts rimés d'humoristes français du genre Alphonse Allais» estime Jacques Neirynck.

«Ce n'est pas banal, c'est parfois amusant, parfois touchant. Oskar Freysinger me sidère par sa capacité de pratiquer un bilinguisme parfait, ce qui est rarissime parmi les écrivains. Un talent respectable qui s'égare parfois dans le débat politique, mais de tout temps il y eut des écrivains pour se lancer dans des aventures extrêmes. Cela fait partie du métier» souligne l'élu démocrate-chrétien vaudois.

«C'est du pipi de minet!»

Pour le député libéral-radical Christian Lüscher, son collègue UDC du Conseil national aurait un certain talent. «Ceux qui disent que Freysinger est un mauvais politicien sont les mêmes qui disent qu'il est piètre poète. Et ils se trompent deux fois; lourdement» commente l'avocat genevois.

Josef Zisyadis, lui, est plus critique. «Aucune originalité à tout cela, du pipi de minet sans souffle. Dans quelques temps, il fera une initiative pour obliger tous les étrangers expulsés à les réciter aux frontières… » confie le popiste vaudois.

«Une œuvre sans précédent»

Les auteurs d'«i-Mages» estiment qu'il s'agit d'une œuvre «sans précédent dans son genre, représente une tentative d'humanisation des outils technologiques dont nous sommes les esclaves».

«Dans l'ennui profond de l'assemblée parlementaire, dans le confort soporifique des trains où il passe une grande partie de son temps, Oskar s'est pris à rêver sur mes photographies et à leur apposer, avec le même outil (un iPhone) que celui de la prise de vue, de brèves visions rimées» explique Slobodan Despot, dans la préface de l'ouvrage qui sera disponible mi-décembre aux Editions Xenia.

Redonner aux SMS leurs lettres de noblesses

L'ouvrage sera tiré à 1500 exemplaires. Son vernissage aura lieu vendredi 3 décembre dès 18h à la Vidondée de Riddes. «Il est ouvert au public!», précise Slobodan Despot.

«Je les ai voulus courts, ces poèmes, minimalistes, proches des haïkus japonais. Je voulais redonner aux SMS — messages trop souvent mutilés et atrophiés par les contraintes de la vie courante — leurs lettres de noblesse en subvertissant leur caractère utilitaire par la poésie. En cela, j'adoptais au niveau du verbe ce que le photographe cherchait à réaliser par l'image» note, pour sa part, Oskar Freysinger.

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