Trauma: Otages: la vie d'après

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TraumaOtages: la vie d'après

Après sa libération, une personne séquestrée a changé. Analyse à l'occasion du retour de Rachid Hamdani et d'un livre de l'ex-mari d'Ingrid Betancourt.

par
Stéphanie Billeter

«Ma femme est vraiment devenue une étrangère.» Aujourd'hui, Juan Carlos Lecompte, ex-mari d'Ingrid Betancourt, règle ses comptes avec l'ex-otage des FARC. Mardi, Rachid Hamdani posait le pied sur le sol suisse. Va-t-il lui aussi changer, sa liberté maintenant retrouvée

On se souvient de Florence Aubenas, journaliste de «Libération» séquestrée à Bagdad, rigolant à son retour en France. Une fois libres, les otages ne sont plus les mêmes. «C'est classique, relève le Dr Jacques Ducrocq, spécialiste en psychotraumatologie au CHU de Lille. Il y a eu menace vitale et déshumanisation. Les séquelles psychologiques, importantes, induisent une modification de la personnalité.»

Le processus est défini par deux critères: la durée et la perception subjective­ de la privation de liberté et la menace vitale. «Il y a l'avant, le pendant et l'après, précise le Dr Rafik Benharrats, psychiatre, responsable de l'Unité urgences et crise du CHUV. C'est pendant la privation de liberté que tout se joue, une période­ d'adaptation morbide. Apprécier par exemple son ravisseur participe du fait d'apprivoiser ses propres angoisses. Au moment de la sortie, il n'y a plus privation, le cadre s'ouvre et les contradictions émergent.»

La liberté est relative. «Elle est physique, pas mentale, dit le Dr Benharrats. Je pense que Rachid Hamdani, à considérer comme un otage car privé de liberté et de perspective de sortie, ne sera pas libre tant que son comparse Max Göldi ne sera pas rentré. Il doit sans doute culpabiliser d'être le premier.»

Les ex-otages réagissent de deux manières: il y a ceux qui prennent conscience qu'ils ont changé et ceux qui demeurent fixés sur l'événement. La relation aux proches est modifiée. «Dans le cas Betancourt, le mari retrouve ses mécanismes, elle non, à cause de sa privation, profonde. Ils sont dissociés», résume le Dr Benharrats.

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