Votation du 18 mai: Où iront les milliards prévus pour le Gripen?
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Votation du 18 maiOù iront les milliards prévus pour le Gripen?

Le refus du Gripen ne clôt pas définitivement la question de l'achat de nouveaux avions de combat.

Le Conseil fédéral et le Parlement devront prendre plusieurs décisions, avant que l'affaire ne revienne sur le tapis avec le remplacement de la flotte actuelle de 32 FA-18.

Il s'agira d'abord de savoir que faire de l'argent promis pour l'achat de 22 avions suédois de type Gripen E. Le fonds de 3,126 milliards, qui ne verra pas le jour, devait être alimenté à hauteur de 300 millions de francs par an via une ponction dans le budget de l'armée.

A l'armée ou pas ?

L'armée pourrait conserver cet argent. Les Chambres l'ont déjà autorisée à utiliser, en accord avec le Département des finances, la première tranche (342 millions accordés dans le cadre du budget 2014) pour acheter du matériel d'armement. Il n'est pas sûr qu'il en aille de même pour les milliards restants.

La hausse du budget militaire à 5 milliards par an imposée par le Parlement (au lieu de 4,7 milliards souhaités par le gouvernement) était en partie liée à l'achat de nouveaux avions de combat. Les autorités devront donc dire si elles veulent maintenir le plafond à cette hauteur et utiliser l'argent disponible pour d'autres achats militaires. Le mandat parlementaire impliquait aussi la garantie d'une armée de 100'000 militaires et d'un équipement de la troupe.

24/24 heures

Autre dépense en suspens: les 30 millions nécessaires pour pouvoir faire fonctionner les Forces aériennes 24 heures sur 24. Le ministre de la défense Ueli Maurer a jusqu'ici refusé de les libérer, estimant qu'il n'avait pas assez d'argent à disposition.

Durant la campagne, la gauche a fait de cette dépense une alternative à l'achat des Gripen. Mais la droite pourrait lui répliquer qu'il est désormais vain de vouloir assurer une disponibilité non-stop de l'aviation militaire faute d'avoir d'autres avions à disposition que les FA-18.

Quand et combien d'avions ?

Lorsque ceux-ci arriveront en fin de course, la question d'une nouvelle acquisition de jets se reposera de toute façon. Selon le Département fédéral de la défense, la limite sera atteinte dès 2025 (au lieu de 2030) vu que les avions américains ne pourront pas être épaulés par des Gripen.

Reste à savoir si les perdants de dimanche attendront si longtemps. Officiellement, le DDPS a affirmé qu'il ne serait pas acceptable d'acquérir des avions de combat peu de temps après une décision négative du peuple.

Le plan B avancé par Thomas Hurter (UDC/SH) en pleine campagne lui a valu une volée de bois vert. Le conseiller national a évoqué la possibilité d'acquérir des jets par tranches (douze tous les quinze ans) en passant par les programmes d'armement. Il serait ainsi possible de remplacer les vieux Tiger et les FA-18 à l'horizon 2020/2025 sans que le peuple ait son mot à dire.

D'autres idées ont été lancées sans être concrétisées à ce stade. La Suisse pourrait louer des avions. Elle pourrait aussi se tourner vers d'autres engins, comme les Rafale ou les Eurofighter recalés, en nombre restreint ou en préférant des appareils d'occasion. Le recours à des drones a aussi été évoqué. (ats)

Le GSsA crie victoire avant le résultat final

Alors que les projections annoncent dimanche une défaite pour le Gripen, le Groupement pour une Suisse sans Armée (GSsA) n'a pas attendu le résultat définitif pour crier victoire. Le «non» au Gripen qui se dessine montre pour la première fois une résistance du peuple aux dépenses militaires excessives, écrit le mouvement antimilitariste. «Une majorité des votants a clairement exprimé que les 10 milliards de francs seraient mieux investis dans le civil que dans des projets de réarmement insensés», selon le GSsA. C'est un succès pour la politique de paix. Le GSsA appelle le Conseil fédéral et le Parlement à baisser le budget de l'armée. Un chèque en blanc pour de nouvelles dépenses militaires serait en contradiction avec la volonté populaire, estime-t-il. Le fonds destiné au Gripen doit être réaffecté dans le domaine civil, insiste le mouvement. Bien qu'il ait joué dans la retenue lors de cette campagne référendaire, le GSsA rappelle qu'il avait lancé en 2008 une initiative contre de nouveaux avions de combat. Il l'avait retirée après que le gouvernement avait décidé en 2010 de renoncer à un achat. Pour lui, il était essentiel de soumettre ce type d'achat au peuple.

Une image négative impossible à corriger

La campagne pour l'achat du Gripen a mal commencé dès le début.

Le jet a souffert d'une image négative qu'il a été impossible de corriger, déplore Hugues Hiltpold (PLR/GE), vice-président du comité interpartis «Oui au Gripen». Désormais, il s'agit de mener une réflexion de fond sur le développement de l'armée.

La campagne a été mauvaise, plombée par toutes sortes d'éléments négatifs, tels les propos du chef du DDPS Ueli Mauer sur les femmes, les doutes qui ont entouré l'avion ou l'ingérence de la diplomatie suédoise, estime le conseiller national genevois.

«La question à trancher est maintenant de savoir si le peuple a dit «non» à l'avion suédois ou «non» plus largement à un nouvel avion de combat», souligne le député. Il faut ouvrir la réflexion dans le cadre de la réforme «développement de l'armée» (DEVA).

Plusieurs options s'ouvrent désormais au Parlement: lancer un nouveau processus d'acquisition qui prend en gros dix ans, profiter du renouvellement des FA-18 qui interviendra en 2025 pour faire d'une pierre deux coups avec un achat global, louer dans l'intervalle des avions. Cette dernière piste reviendrait à contourner la volonté populaire, relève Hugues Hiltpold.

Le Fonds dépendra des choix

Quant à savoir ce qu'il adviendra du fonds dédié au Gripen, qui aurait dû être alimenté par 300 millions de francs par an ponctionnés sur le budget de l'armée (5 milliards de francs), tout dépendra de ce que l'on choisira pour les Forces aériennes suisses.

Idem de la proposition de libérer 30 millions pour former des pilotes et du personnel au sol pour un service de surveillance 24 heures sur 24, estime le conseiller national. Pour lui, la discussion au Parlement sur l'avenir doit prendre de six mois à une année.

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