Présidentielle ivoirienne: Ouattara ou Gbagbo: un pays deux présidents

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Présidentielle ivoirienneOuattara ou Gbagbo: un pays deux présidents

a Côte d'Ivoire était vendredi en pleine tourmente. Le Conseil constitutionnel a proclamé la victoire du président sortant Laurent Gbagbo, invalidant ainsi la victoire d'Alassane Ouattara.

Au pouvoir depuis 2000, Laurent Gbagbo a été réélu président avec 51,45% des suffrages, contre 48,55% à son rival, selon les résultats définitifs du second tour annoncés par le président du Conseil, Paul Yao N'Dré, devant la presse.

Le Conseil constitutionnel, dirigé par un proche du chef de l'Etat, a ainsi invalidé les résultats provisoires donnés jeudi par la Commission électorale indépendante (CEI). Ceux-ci créditaient l'ex-Premier ministre Alassane Ouattara d'une large victoire, par 54,1% contre 45,9%.

Il l'a fait en «annulant» les votes dans sept départements du nord, sous contrôle de l'ex-rébellion des Forces nouvelles (FN) depuis le putsch manqué de 2002. Selon le camp Gbagbo, le scrutin y a été «frauduleux».

L'ONU reconnaît Ouattara

Avant la proclamation des résultats définitifs, le camp Ouattara avait mis en garde contre un éventuel putsch de M. Gbagbo. Il rejetait par avance les annonces du Conseil constitutionnel.

Au siège des Nations unies à New York, le secrétaire général Ban Ki-moon a entériné la victoire d'Alassane Ouattara, souhaitant qu'il travaille «pour une paix durable». Il a demandé à M.Gbagbo de coopérer «pour une transition politique sans heurts dans le pays».

Plus tôt, l'envoyé spécial de l'ONU en Côte d'Ivoire, Youn-jin Choi avait déjà affirmé que les Nations unies ne reconnaissent pas la réélection de Laurent Gbagbo. Un proche conseiller de M. Gbagbo, Alcide Djédjé, a par la suite menacé sur la télévision publique de demander le «départ immédiat» de M. Choi

La cheffe de la diplomatie de l'Union européenne, Catherine Ashton, a elle aussi félicité M. Ouattara. Elle a averti que l'UE était «prête à prendre ses responsabilités» contre ceux qui font obstruction au processus de paix.

L'ONU et les principales missions d'observation internationales avaient jugé que le scrutin s'était globalement déroulé d'une manière correcte, malgré des incidents parfois violents.

Elections longuement reportées

Elu en 2000 à l'issue d'un scrutin controversé dont avaient été exclus l'ex-président Henri Konan Bédié et Alassane Ouattara, Laurent Gbagbo était resté au pouvoir en 2005 après la fin de son mandat. Il avait invoqué la crise née de la partition du pays. Les élections avaient été reportées à maintes reprises.

Toujours sous couvre-feu jusqu'à dimanche, le pays est en partie coupé de l'extérieur. L'armée a décidé de fermer les frontières - en tout cas dans la partie sud sous son contrôle - et de suspendre la diffusion des chaînes d'information étrangères.

Des partisans d'Alassane Ouattara ont en outre dressé vendredi des barricades et brûlé des pneus dans des quartiers populaires d'Abidjan, pour protester contre la proclamation de la victoire de Laurent Gbagbo. De nombreuses colonnes de fumée s'élevaient au- dessus de la ville, selon des journalistes de l'AFP. «On nous vole notre victoire!», criait l'un d'eux.

Violences redoutées

En Côte d'Ivoire comme à l'étranger, beaucoup craignaient une explosion de violence après deux semaines de fortes tensions marquées par une série d'affrontements sanglants. Le Conseil de sécurité de l'ONU a menacé de «prendre les mesures appropriées» contre ceux qui entravent le processus électoral.

Les Etats-Unis ont semblé entériner la victoire de l'ancien vice- président du Fonds monétaire international (FMI) Alassane Ouattara en appelant dès jeudi au respect des résultats de la CEI.

La France avait appelé les Ivoiriens «au calme et à la responsabilité». Paris a indiqué ne pas avoir changé son dispositif militaire à ce stade en Côte d'Ivoire, où elle déploie la force Licorne (900 hommes).

Dans les rangs des pro-Gbagbo, la rhétorique contre la France, accusée de soutenir Alassane Ouattara, reprenait de la vigueur. Pour Notre voie, quotidien du parti présidentiel, «le coup d'Etat de la France a encore échoué». (afp)

La présidence ivoirienne menace d'expulser le représentant de l'ONU

Un proche conseiller du président ivoirien Laurent Gbagbo a menacé vendredi sur la télévision publique de demander le «départ immédiat» du représentant de l'ONU dans le pays, Youn-jin Choi, qui a rejeté la victoire du chef de l'Etat sortant à la présidentielle.

«M. Choi se croit au-dessus du Conseil constitutionnel», qui a proclamé vendredi M. Gbagbo vainqueur, a affirmé le conseiller, Alcide Djédjé, accusant le fonctionnaire onusien de devenir «un agent de déstabilisation» encourageant aux «violences» et non un agent de paix.

Sarkozy et Obama félicitent Ouattara

Le président français Nicolas Sarkozy a «félicité» vendredi soir le «président élu» Alassane Ouattara et demandé au président sortant Laurent Gbagbo de «respecter la volonté du peuple» en Côte d'Ivoire, dans un communiqué.

Le président des Etats-Unis Barack Obama a lui aussi félicité vendredi Alassane Ouattara «pour sa victoire» à l'élection présidentielle ivoirienne et a appelé le président sortant Laurent Gbagbo à «reconnaître et respecter» ce résultat.

Soro et l'ex-rébellion «rejettent» la réélection de Gbagbo

Le chef de l'ex-rébellion ivoirienne des Forces nouvelles (FN), le Premier ministre Guillaume Soro, et «l'ensemble» des FN «rejettent» la victoire du sortant Laurent Gbagbo à la présidentielle, proclamée vendredi par le Conseil constitutionnel, a annoncé une porte-parole.

Le Conseil constitutionnel a proclamé la victoire du chef de l'Etat en invalidant des votes dans sept départements du Nord, sous contrôle des FN depuis le putsch raté de 2002.

Le secrétaire général Guillaume Soro et «l'ensemble» des Forces nouvelles «rejettent avec la plus grande fermeté cette décision de convenance, frappée du sceau de la partialité», indique la porte-parole Affoussy Bamba dans un communiqué.

Les FN «adhèrent» aux résultats provisoires proclamés jeudi par la Commission électorale indépendante (CEI) qui donnent Alassane Ouattara vainqueur et la déclaration du représentant de l'ONU dans le pays qui le «confirme».

Elles «ne veulent pas que cette légitimité et cette légalité soient remises en cause», conclut le texte.

Guillaume Soro est devenu le Premier ministre de Laurent Gbagbo après avoir conclu en 2007 avec son ancien ennemi l'accord de paix de Ouagadougou.

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