Allemagne/Suisse: Outfittery: 2500 fr. pour un poste à plein temps
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Allemagne/SuisseOutfittery: 2500 fr. pour un poste à plein temps

Unia accuse le webshop berlinois de dumping salarial. La firme allemande, qui souhaite s'étendre en Suisse, propose une rémunération de moins de 3000 francs pour un emploi à 100%.

par
kwo/ofu
La marque est spécialisée dans la mode masculine.

La marque est spécialisée dans la mode masculine.

Outfittery

«Outfittery est le meilleur service de shopping personnalisé pour hommes d'Europe.» C'est avec ce slogan alléchant que l'entreprise berlinoise tente actuellement de recruter du personnel en Suisse. Le concept du magasin en ligne se veut novateur: un conseiller en style de la marque discute via internet avec le client avant de lui proposer une garde-robe sur mesure. Le service personnalisé – qui s'adresse uniquement aux hommes – est gratuit, la livraison aussi.

Outfittery souhaite conquérir le marché suisse. Pour cela, la firme allemande envisage de s'installer dans la région zurichoise. Les personnes intéressées peuvent postuler via un formulaire en ligne. Fiona*, une de nos lectrices, a voulu tenter sa chance. Mais elle a vite déchanté lors de l'entretien d'embauche.

Une prime minuscule

Les personnes sur place lui ont annoncé qu'elle pouvait compter sur un salaire de 2500 francs par mois pour un poste à plein temps. Une somme bien loin des 5000 francs qu'elle avait imaginés. Les responsables lui ont néanmoins annoncé qu'elle pourrait toucher une prime. Mais là aussi, Fiona s'est rapidement rendu compte qu'elle était, tout comme le salaire, beaucoup trop basse. Ainsi, elle n'aurait droit à une récompense qu'à partir de 60'000 francs d'articles vendus par mois. Et sa prime se monterait uniquement à 0,5%. Ce qui reviendrait à 300 francs tout rond.

Le syndicat Unia estime qu'il s'agit indéniablement d'un cas de dumping salarial. C'est du moins ce qu'a confirmé la porte-parole Natalie Imboden au «Tages-Anzeiger». «Celui qui engage des personnes en Suisse est également tenu de leur verser des salaires suisses», estime-t-elle. Le problème principal, selon la syndicaliste, réside dans le fait que le secteur de la mode ne dispose d'aucune convention collective de travail (CCT) et donc d'aucun salaire minimum. Concrètement: si Outfittery trouve quelqu'un qui accepte de travailler à 100% pour 2500 francs par mois, alors il peut l'engager en toute légalité. «Il faut absolument créer une CCT pour les employés actifs dans le commerce en ligne», revendique la porte-parole.

Contacté par le «Tages-Anzeiger», le webshop berlinois rejette toute accusation de dumping salarial. «Nous offrons un salaire de base à nos stylistes qui s'apparente à ceux versés aux employés du commerce de détail», explique un porte-parole de l'entreprise allemande, qui précise que pour le moment aucun contrat n'a été signé. Et d'ajouter: «Les 2500 francs ne sont qu'une somme d'entrée pour négocier.» Des propos contredits par Fiona, qui assure: «Il n'a jamais été question d'un salaire plus élevé que ça. On m'a même confirmé cette somme par e-mail.»

* Prénom connu de la rédaction

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