Genève: Ouvriers mis à mal pour achever le CEVA à temps?
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GenèveOuvriers mis à mal pour achever le CEVA à temps?

Etat et CFF veulent déroger à la loi pour autoriser le travail de nuit sur le chantier ferroviaire, jusqu'en été 2019. Unia hurle au scandale.

par
David Ramseyer
Keystone/Salvatore di Nolfi

Pour une question de «prestige politique» et «des raisons purement économiques», le Conseil d'Etat genevois se fait l'auteur d'une «dérive majeure» et montre qu'il «s'inquiète peu de la santé des milliers d'ouvriers du CEVA», enrage Yves Mugny, secrétaire syndical. Unia a dénoncé ce mercredi l'appui du Canton et des CFF à une demande de dérogation à la loi sur le travail déposée le 6 juin dernier auprès du Secrétariat d'Etat à l'économie (SECO) par le consortium Alpiq/Sersa. Celui-ci souhaite employer du personnel sur le chantier de la liaison ferroviaire Cornavin/Eaux-Vives/Annemasse (F) 24h sur 24h, du lundi 5h jusqu'au samedi 22h. Et ce pendant près de deux ans, soit jusqu'au 31 juin 2019.

Santé des ouvriers en jeu

Pour Unia, la mesure n'a qu'un objectif: rattraper les retards dans les travaux et permettre ainsi au Canton d'inaugurer le CEVA à la date prévue, avant la fin 2019. Les dérogations pour le travail de nuit peuvent se comprendre si la sécurité publique est en jeu, souligne Yves Mugny, «mais là, ce n'est pas le cas. On veut imposer des rythmes infernaux aux ouvriers pour respecter un calendrier politique, alors que toutes les études montrent que travailler la nuit détériore la santé.» Le 19 septembre dernier, Unia a donc recouru au Tribunal administratif fédéral contre l'autorisation délivrée par le SECO de déroger à la loi.

Le CEVA répond

Chef du groupe construction du projet CEVA, Eric Canivet indique que l'autorisation demandée porte sur une phase du chantier qui vise à faciliter la réalisation des travaux souterrains et «à ainsi diminuer les risques liés à une logistique importante». Selon lui, la procédure est conforme à la loi.

Où ces opérations auront-elles lieu, quel sera le surcoût du travail de nuit, combien d'ouvriers seront impactés et quel retard pourrait prendre le chantier sans ces mesures exceptionnelles? La direction du CEVA, qui affirme avoir appris ce mercredi l'existence d'un recours d'Unia, indique ne pas avoir de réponses à ces questions.

Selon la porte-parole du projet, «dans l'intérêt de la population, il nous faut terminer dans les délais prévus et nous ferons tout pour cela». Magalie Melly assure cependant que le travail de nuit sera dévolu à des travaux préparatoires en sous-sol: «Ils ne provoqueront pas de nuisances pour les riverains». Malgré nos sollicitations, le Département cantonal de la mobilité ne nous a pas rappelé.

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