Ovation debout pour l'ultime spectacle de Béjart
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Ovation debout pour l'ultime spectacle de Béjart

L'ultime création de Maurice Béjart, «Le tour du monde en 80 minutes», a été longuement ovationnée debout jeudi soir à Lausanne.

Elle offre un voyage captivant et parfois cocasse dans l'imaginaire du chorégraphe franco-suisse disparu il y a un mois.

Pour cette oeuvre, il a repris l'idée du voyage autour de la Terre cher à Jules Verne. Si l'action du roman d'aventures se déroule sur 80 jours, le spectacle se concentre sur 90 et non 80 minutes. Béjart y aborde une dernière fois ses thèmes de prédilection: amour, spiritualité, érotisme, solitude ou mort.

L'ouvrage révèle un jeune danseur. Etienne Béchard vient de fêter ses vingt ans. Il sert de fil conducteur et incarne «Le Voyageur». Certains verront en lui «L'esprit de la danse» ou «L'insouciante jeunesse».

Le public est entraîné au Sénégal, en Grèce, en Autriche, en Inde, en Chine, au Brésil et même au Pôle Nord. Cette escale, sans doute la plus cocasse, voit surgir des pingouins se dandinant en file indienne sur un joyeux air d'accordéon. Peu après, ils font une ronde autour d'un énorme ballon de baudruche représentant la Terre.

Patchwork musical

Les tableaux se développent en scènes parfois brèves qui accentuent l'impression de voyage. L'ensemble suggère des repères géographiques, historiques voire folkloriques grâce à un patchwork musical hétéroclite.

La bande-son réunit des extraits d'oeuvres de Mozart, Wagner, Strauss, Vivaldi ou Mikis Théodorakis mais aussi diverses musiques traditionnelles. Des percussionnistes jouent par moments sur scène.

Intense et élégant

Même si le Béjart Ballet Lausanne a perdu son guide depuis un mois, la troupe n'en laisse rien paraître. En pleine forme, elle a une fois de plus emporté l'adhésion du public. Elle a été ovationnée debout par les 1700 spectateurs du Théâtre de Beaulieu. Quelques personnalités politiques vaudoises étaient présentes.

Le dispositif scénique est sobre, voire dépouillé, et les costumes se passent de fanfreluches. L'interprétation cependant reste remarquable, brûlante d'énergie. Les pas de deux et les solos vibrent d'intensité et d'élégance. Les mouvements d'ensemble sont nets et précis. Danseurs et danseuses sourient quand la situation le permet.

Prélude à un des moments forts de la soirée, la voix de Béjart s'élève pour une déclaration d'amour au cinéma. Pendant ce temps, un immense écran se déroule en face duquel un couple amoureux va évoluer. Placé devant eux, un projecteur renvoie leurs ombres surdimensionnées sur l'écran. C'est à la fois simple et poétique.

Coup de tonnerre

Pour le final, la troupe s'ébroue sur de joyeux rythmes brésiliens. Un coup de tonnerre vient tout interrompre, symbolisant sans doute la mort du grand chorégraphe.

Le nouveau directeur artistique Gil Roman intervient de façon sporadique dans le nouveau spectacle. Dans une note reproduite dans le programme, Béjart lui transmet sa compagnie en ces termes: «Je ne vois que lui pour continuer, préserver, posséder mon oeuvre et mes ballets... nul autre. Ce Ballet lui appartient.»

Au moment des ovations, Gil Roman était visiblement ému. Peu après, un pingoin jovial s'est avancé pour saluer le public, comme le faisait le chorégraphe. Il s'est ensuite retourné et toute la troupe l'a suivi en une lente procession.

A guichets fermés

D'ici le 30 décembre, les neuf représentations lausannoises seront applaudies par 15 300 spectateurs. La troupe sera de retour à l'affiche à Lausanne du 29 avril au 4 mai pour un spectacle intitulé «L'amour-La Danse».

(ats)

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