Pakistan: risque de destitution pour Musharraf
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Pakistan: risque de destitution pour Musharraf

La coalition gouvernementale a décidé de lancer une procédure de destitution à l'encontre du président Musharraf, l'allié des Etats-Unis dans leur «guerre contre le terrorisme».

Cette mesure spectaculaire, si elle aboutit, consacre cinq mois de tensions extrêmes entre le gouvernement mis sur pied en mars et l'ex-général Musharraf au pouvoir depuis un coup d'Etat militaire en octobre 1999.

«Les partis de coalition sont parvenus à un accord de principe pour lancer une motion de destitution contre le président Musharraf», a déclaré à l'AFP une source de cette coalition, à l'issue de trois jours de tractations entre les responsables de l'alliance bipartite au pouvoir.

Le porte-parole des deux partis - conduits par le veuf de Benazir Bhutto, Asif Ali Zardari, et l'ancien premier ministre Nawaz Sharif - a indiqué qu'une annonce officielle interviendrait en fin de journée à Islamabad.

«Avancée majeure»

«Une avancée majeure a eu lieu (mercredi soir) dans les pourparlers. Nous sommes tombés d'accord pour destituer le président», a confirmé un membre du parti de M. Sharif, la Ligue Musulmane du Pakistan-Nawaz (PML-N).

Cette entente intervient au moment où Pervez Musharraf devait s'envoler jeudi vers Pékin pour la cérémonie d'ouverture des Jeux olympiques, après que le gouvernement eut annoncé la veille l'annulation de cette visite chez le partenaire militaire chinois.

Le camp Musharraf a perdu les élections législatives du 18 février et le président cohabite depuis dans une atmosphère conflictuelle avec un gouvernement rassemblant l'ex-opposition.

Mais, jusqu'à présent, celle-ci était divisée sur le sort à réserver au chef de l'Etat: une partie, dont le PML-N, exige le départ du «dictateur Musharraf». Une autre, surtout le Parti du peuple pakistanais (PPP) du veuf Bhutto, n'était pas hostile à une cohabitation si Musharraf était dépouillé de certaines prérogatives.

Question des juges

C'est la question des juges de la Cour suprême, en particulier le sort de son ancien président Iftikhar Muhammad Chaudhry, qui est au coeur du conflit entre M. Musharraf et ses deux ennemis politiques, MM. Zardari et Sharif.

Les partis de la coalition ont d'ailleurs décidé de rétablir dans leurs fonctions ces juges destitués par M. Musharraf à la faveur de la proclamation de l'état d'urgence en novembre 2007, selon les mêmes sources, mais des détails doivent être encore réglés.

Le président, réélu de manière controversée en octobre dernier, redoute que ces magistrats ne se prononcent sur la légitimité de son mandat. Si le Parlement rétablit ces juges, la Cour suprême pourra en théorie de nouveau juger illégal le nouveau mandat pour cinq ans de M. Musharraf et entamer formellement la procédure de destitution.

En pratique, un acte d'accusation contre M. Musharraf devrait être émis puis soumis au Parlement pour y être voté par au moins la moitié des députés dans les prochains jours. Le président de l'assemblée nationale, la chambre basse du Parlement, devra ensuite informer le chef de l'Etat et lui demander de se défendre.

Allié des Etats-Unis

L'assemblée nationale ne siège pas actuellement, mais la procédure pourrait être amorcée par la chambre haute, le sénat, ou le gouvernement pourrait convoquer la chambre basse en session extraordinaire dès la semaine prochaine. En théorie, il reste aussi à M. Musharraf le droit constitutionnel de dissoudre le Parlement.

Le président de cette puissance nucléaire militaire stratégique d'Asie du Sud continue de jouir du soutien de Washington, principal pourvoyeur d'aide à Islamabad, son allié-clé dans sa «guerre contre le terrorisme», notamment en Afghanistan voisin du Pakistan. (ats)

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