Pakistan: vers un report des élections
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Pakistan: vers un report des élections

La commission électorale du Pakistan se prononcera mardi sur un éventuel report des législatives prévues le 8 janvier. Un report du scrutin d'au moins un mois est probable, en dépit du refus de l'opposition.

«C'est certain, (les élections) seront repoussées pour au moins quatre semaines, sinon plus», a déclaré à l'AFP un haut responsable du gouvernement, sous couvert de l'anonymat.

«Il est absolument exclu que les élections soient maintenues au 8 janvier en raison des violences et émeutes dans tout le pays qui ont affecté directement (...) les préparatifs du scrutin», a confirmé à l'AFP un des ses collègues, invoquant la «destruction de plus de 40 bureaux» de la commission électorale. Celle-ci doit faire une annonce mardi matin.

S'exprimant devant la presse, le secrétaire de la commission électorale, Kanwar Dilshad, a fait état d'une dizaine de représentations de la commission incendiées dans la province du Sind (sud), fief de l'ancienne premier ministre Benazir Bhutto, assassinée jeudi. L'impression des bulletins de vote est suspendue depuis quatre jours en raison des troubles.

Refus

Le Parti du peuple pakistanais (PPP), la formation de Benazir Bhutto, a d'ores et déjà fait savoir qu'il s'opposait à tout report des élections. «Nous sommes prêts pour des élections et nous ne voulons pas d'un quelconque retard. Nous exigeons des élections immédiates, et le 8 janvier», a déclaré Shah Mahmood Qureshi, un haut responsable du parti.

«Le gouvernement doit s'en tenir au calendrier. Si le gouvernement retarde les élections, nous convoquerons un comité central pour décider d'une action future», a-t-il averti.

L'entourage de la famille Bhutto, qui a repris dimanche les rênes du PPP, a cependant laissé entendre qu'un délai «raisonnable» pourrait être accepté.

L'ancien premier ministre Nawaz Sharif, qui dirige le deuxième parti d'opposition pakistanais, a lui aussi refusé tout report des élections, affirmant que «personne dans le pays ne veut d'élections après le 8 janvier». Il a ainsi pris le contre-pied d'un responsable de son parti qui affirmait, quelques heures auparavant, qu'un «léger report» du scrutin était «acceptable».

Violences

Les élections sont un enjeu de taille dans un pays au bord du chaos politique, fort de 160 millions d'habitants, seule puissance nucléaire du monde musulman connue et allié-clé des Etats-Unis dans sa «guerre contre le terrorisme».

Les violences qui se sont déchaînées après l'assassinat jeudi de Benazir Bhutto ont fait au moins 58 morts dans le pays, selon un bilan officiel, dont une vingtaine dans Karachi, fief de Mme Bhutto. Elles se sont en outre soldées par des dégâts «énormes», d'un montant équivalent à 200 millions de dollars pour le seul secteur des chemins de fer, selon le gouvernement.

La bourse s'effondre

Fermée depuis jeudi soir, la bourse de Karachi a enregistré lundi une chute de 4,7 % à la clôture, soit l'une des plus fortes chutes de son histoire. Cette baisse est notamment supérieure à celle de 4,6 % enregistrée le 5 novembre, après que le président Pervez Musharraf eut imposé l'état d'urgence.

Malgré cela, la situation dans les rues des grandes villes, en particulier Karachi, semblait s'être apaisée lundi. Les boutiques, stations d'essence et administrations, fermées trois jours durant en raison essentiellement de la peur des émeutiers, ont commencé à rouvrir leurs portes.

Les autres grandes villes pakistanaises, Lahore dans le nord- est, Peshawar dans le nord-ouest, et la capitale Islamabad et sa banlieue Rawalpindi connaissaient lundi le même retour à la vie normale. (ats)

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