Crise en Grèce: Panique sur les marchés, l'UE au pied du mur
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Crise en GrècePanique sur les marchés, l'UE au pied du mur

La crise grecque a semé la panique sur les marchés et commencé de s'étendre au Portugal, pris à son tour dans la tourmente en raison de l'ampleur de ses déficits.

Prise dans la tourmente, la Grèce accentue la pression sur l'Union européenne pour qu'elle débloque au plus vite l'aide promise.

L'agence de notation Standard and Poor's (SP) a abaissé mardi de trois crans la note de la Grèce, de «BBB&» à «BB&», la reléguant dans la catégorie des investissements spéculatifs, qui présentent un risque de non-remboursement.

Avec cette décision - jugée infondée par Athènes -, l'agence rend encore plus difficile l'accès de la Grèce aux marchés, sa dette étant désormais considérée comme un investissement à haut risque.

Le Portugal aussi

La crise de défiance dont les finances grecques sont victimes a commencé à s'étendre au Portugal, qui a vu lui aussi sa note dégradée. Dans ce contexte, l'inquiétude croît de voir la crise s'étendre aux autres «mauvais élèves» de la zone euro (Portugal, Irlande, Espagne) grandit.

Les Bourses européennes ont décroché - tout comme la bourse suisse -, l'euro a reculé face au dollar et les cours du pétrole accentuaient leur repli mardi en fin de journée.

Tentant d'éteindre l'incendie, le président de la Banque centrale européenne (BCE) Jean-Claude Trichet a déclaré qu'il était «hors de question» que la Grèce ou un autre pays de la zone euro fasse défaut sur ses obligations. Mais sur le marché obligataire, où se négocie la dette des Etats, les taux grecs ont battu de nouveaux records mardi, autour de 9,6%.

Aide européenne indispensable

Si on n'aide pas les Grecs, «ils vont être dans une situation insoutenable», a reconnu pour sa part le directeur général du Fonds monétaire international (FMI), Dominique Strauss-Kahn.

Au vu des conditions de marché «totalement prohibitives», la Grèce ne peut plus emprunter, s'est inquiété le ministre des finances Georges Papaconstantinou, pressant l'UE et le FMI de débloquer l'argent d'ici le 19 mai, date à laquelle arrive à échéance une obligation d'Etat de neuf milliards d'euros.

Son appel semble avoir été entendu. Les dirigeants des pays de la zone euro se préparent à tenir un sommet le 10 mai pour approuver le versement de l'aide, ont indiqué des sources européennes. Dans l'intervalle, les discussions entre Athènes, le FMI et la Commission européenne devraient s'être terminées le 2 mai.

Les marchés doutent cependant de l'efficacité de ce plan de 45 milliards d'euros - dont quinze milliards à la charge du FMI - pour résoudre les problèmes d'endettement du pays, d'autant que le recul du PIB grec, attendu à 2% en 2010, pourrait être supérieur, a prévenu la Banque de Grèce.

Réticences allemandes

La hausse du coût de l'emprunt est également entretenue par les réticences de l'Allemagne à prêter 8,5 milliards d'euros à la Grèce, avant des élections régionales le 9 mai qui s'annoncent risquées pour la coalition au pouvoir.

Selon un sondage publié mardi, 57% des Allemands estiment qu'une aide financière à la Grèce est une «mauvaise décision». Mais Berlin n'entend pas «laisser tomber la Grèce», a assuré le ministre des finances Wolfgang Schäuble, affirmant que l'Allemagne entend débloquer rapidement l'aide à Athènes - vraisemblablement d'ici le 7 mai.

Grève générale

Sur le front social, plus d'un millier de personnes ont manifesté mardi soir à Athènes à l'appel de la Fédération des fonctionnaires (ADEDY) contre le recours au mécanisme d'aide de l'UE et du FMI. L'ADEDY et l'autre grande centrale syndicale du pays, celle du secteur privé (GSSE), ont en outre appelé à une grève générale mercredi 5 mai.

Cet appel a été lancé alors que, selon un sondage paru mardi, 61% des Grecs désapprouve la décision du gouvernement d'avoir recours à l'aide de l'UE et du FMI.

Le premier ministre Georges Papandréou n'a pas caché mardi que les Grecs allaient connaître des temps difficiles. «L'heure de vérité est arrivée»: il faut «tout changer» en Grèce pour rendre l'économie viable, «Etat, habitudes, mentalités, comportements», a-t-il dit. (ats)

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