Noyade en Suisse: Parents sur leur téléphone, inquiétude des sauveteurs
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Noyade en SuisseParents sur leur téléphone, inquiétude des sauveteurs

Selon les maîtres-nageurs, les parents sont trop souvent collés à leurs smartphones à la piscine, mettant leurs enfants en danger de mort.

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A. Peterhans/jfe
Selon les maîtres-nageurs, les parents font partie intégrante de la surveillance des piscines.

Selon les maîtres-nageurs, les parents font partie intégrante de la surveillance des piscines.

Keystone/Frank may

En Allemagne, 20 enfants de moins de 15 ans se sont déjà noyés cette année. Aujourd'hui, la Société allemande de sauvetage tire la sonnette d'alarme: les parents perdent de plus en plus souvent de vue leurs enfants parce qu'ils sont trop distraits par leur smartphone.

Michel Kunz, président de l'Association suisse de baignade fait le même constat: «Il y a des mères et des pères qui me donnent l'impression qu'ils préfèrent s'occuper avec leur téléphone portable, plutôt qu'avec leur enfant.» Un sentiment qui fait craindre à Michel Kunz que cette distraction ne conduise également à des décès en Suisse.

Certains parents ont toutefois voulu déplacer la responsabilité: «Ils ont le sentiment que le maître-nageur est responsable. Cependant, son travail ne se limite pas uniquement à la surveillance de la piscine: il doit aussi vérifier les règles d'hygiène, s'occuper du traitement de l'eau ou s'occuper des baigneurs à cause d'autres petits incidents.»

Selon le bureau de prévention des accidents (bpa), entre 2008 et 2017, dix enfants de moins de 9 ans sont décédés dans des piscines publiques. Une situation qui s'est encore aggravée en raison de la chaleur, d'après Michel Kunz: «Les usagers exigeaient plus de surveillance autour des bassins. Mais la surveillance n'est garantie que si les accompagnateurs des enfants remplissent eux aussi leur devoir.»

Dans la pratique, il y a toujours des situations critiques, explique Michel Kunz, qui travaille également comme maître-nageur à la piscine de Bollingen (SG): «J'ai dû sauver un enfant de 4 ans qui s'est noyé dans la zone de baignade. La mère était occupée avec son téléphone portable et n'a pas remarqué le danger. Plutôt que de réagir avec discernement, elle s'est énervée.»

Hanspeter Heiniger, directeur de la piscine de Weyermannshaus à Berne constate également un manque de surveillance parentale: «Nous devons fréquemment appeler des parents avec le haut-parleur parce que les enfants ne les retrouvent pas. Pour cela, le smartphone a un grand potentiel de distraction.»

Sensibiliser les parents

Dans la troisième plus grande piscine de Suisse, la charge sur les maîtres-nageurs est très lourde: «Nous sautons dans l'eau une ou deux fois par jour pour sortir des enfants, témoigne Hanspeter Heiniger. Plus il y a d'enfants, plus un sauveteur est tendu. Il faut être toujours pleinement concentré pour pouvoir prodiguer les premiers soins.» Cependant, la surveillance des enfants reste du ressort des parents: «Malheureusement, beaucoup ne sont pas conscients de leur devoir. Ils laissent leur enfant seul dans la piscine en supposant que le maître-nageur surveillera», constate M. Heiniger.

Si un accident se produit, c'est à la fois traumatisant pour la famille, mais aussi pour le maître-nageur. «Quand un enfant meurt, la charge morale qui pèse sur le surveillant est énorme, même s'il a tout fait correctement.»

Combiner prévention et apprentissage

Pour Philipp Binaghi, de la Société suisse de sauvetage (SSS), le thème de la distraction figure également en tête des priorités. L'association a d'ailleurs lancé récemment une campagne «Agir responsable», en collaboration avec l'assurance Visana. L'opération vise à attirer l'attention sur une règle: les enfants au bord de l'eau doivent toujours être accompagnés et les petits doivent être gardés à portée de main.

Selon Philipp Binaghi, les observations montrent en effet que les enfants sont de plus en plus seuls dans l'eau: «Nous recevons aussi beaucoup de feedback des sauveteurs concernant le manque de supervision des enfants.»

La SSS se concentre sur l'éducation, mais pas sur la réglementation légale, comme par exemple l'interdiction des téléphones portables. Pour M. Binaghi, il est plus important de recevoir l'attention nécessaire du public et de former la population de cette manière.

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