Actualisé 03.09.2019 à 05:40

Tennis«Parfois, j'ai cru que je ne reviendrais jamais»

Cinq ans après, Belinda Bencic retrouve les quarts de finale de l'US Open. Confidences d'une surdouée.

de
Christian Despont, New York
«Après le match, c'était très différent. J'ai eu la nette impression d'avoir réalisé un exploit», dit Belinda Bencic.

«Après le match, c'était très différent. J'ai eu la nette impression d'avoir réalisé un exploit», dit Belinda Bencic.

AFP

Vous saviez sans doute que vous pouviez battre Naomi Osaka, puisque vous l'aviez déjà fait. Mais comment y êtes-vous parvenue dans un contexte aussi défavorable?

Avant le match, je ne crois pas avoir eu une approche différente des autres fois. Je suis montée sur le court avec le même état d'esprit, sans prêter vraiment attention au stade, au bruit, à la foule qui soutenait Naomi. J'étais concentrée sur mon jeu. Après le match, c'était très différent. J'ai eu la nette impression d'avoir réalisé un exploit.

Quels sévices infligez-vous à Naomi Osaka qui la rende si démunie?

Je ne sais pas. Je ne sais vraiment pas Rien de spécial. J'essaie seulement de jouer comme je sais le faire, avec de légères adaptations. Je n'étais pas la plus puissante des deux joueuses, je n'ai pas les meilleures statistiques de coups gagnants et d'aces, mais je suis capable de lire le jeu de mes adversaires. J'ai aussi une bonne capacité d'anticipation, ce qui me permet de prendre la balle tôt après le rebond et d'imprimer du rythme à l'échange. C'est probablement ce qui a dérangé Naomi.

Votre père a déclaré après le match que vous souhaitiez jouer en indoor. Pourquoi?

Oui, j'espérais qu'il pleuve et le ciel m'a exaucée. Je ne sais pas pourquoi mais je me sentais plus à l'aise dans ces conditions, c'était un simple ressenti sans aucune réalité statistique (rire).

Vous avez atteint les quarts de finale de l'US Open à 18 ans. Vous en avez maintenant 22. Que s'est-il passé entre deux?

Les gens pensent souvent que je suis plus âgée, parce que je suis là depuis longtemps. Ces quatre années sont définitivement une belle période. J'y ai appris tellement de choses Je sais que les gens attendaient plus de résultats mais c'est comme ça que ça marche aujourd'hui: tous les vrais athlètes traversent des blessures, des obstacles, des difficultés. Ces épreuves ont fait de moi une personne plus forte et une joueuse plus complète.

Dans quel domaine avez-vous le plus progressé?

Incontestablement, le service. J'ai aussi ajouté un peu de puissance à mon coup droit. Mais je reste persuadée que le mental reste l'élément prépondérant. Dans le top 50 du tennis féminin, tout le monde est capable de bien jouer au tennis. Celle qui a le meilleur coup droit ou le meilleur revers n'est pas celle qui gagne les tournois. Tout part du mental, de la façon d'aborder une rencontre, avec de la peur ou libérée, motivée ou pas assez.

Vous avez appris le tennis dans l'académie de Mélanie Molitor, où Martina Hingis était votre modèle. Tentez-vous encore de vous en inspirez?

Non, absolument pas. Mais je crois qu'avec Mélanie, nous n'avons jamais voulu reproduire un modèle, nous avons plutôt essayé de créer le mien, avec peut-être des composantes similaires, mais en tenant compte de mes forces et de mon style. Je crois être devenue assez différente de Martina. Elle avait probablement plus d'agilité et d'intelligence que moi, elle jouait davantage aux échecs, en un sens, et j'ai certainement moins de toucher qu'elle, peut-être moins de talent, mais je délivre plus de puissance.

Avez-vous douté un jour de revenir à ce niveau?

Oui, forcément, il y a eu des moments avec toutes ces blessures où j'ai cru que je ne reviendrais jamais. L'avantage, c'est que j'avais déjà intégré le top 10 dans ma carrière. Je savais que si je guérissais complètement, je pourrais y retourner, que j'en avais les capacités. Ça aide beaucoup à surmonter les blessures.

En quart de finale, vous affrontez votre amie Donna Vekic, une autre talent précoce du tennis féminin. Y voyez-vous une dimension symbolique?

Et comment! Donna a remporté son premier titre à 16 ou 17 ans, elle était tellement douée Après, il y a eu la pression, les blessures, des moments difficiles. Aujourd'hui, elle est de retour. Nous sommes de retour toutes les deux Je suis heureuse, très heureuse, de savoir que l'une de nous va disputer les demi-finales, et je ferai évidemment tout pour que ce soit moi.

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