Actualisé 09.02.2019 à 09:53

TennisParia jusqu'à jeudi, Sara Errani défiera Bencic

Suspendue dix mois pour «dopage aux tortellinis», l'Italienne était interdite de site toute la semaine. Elle a été «libérée» juste à temps pour la rencontre.

de
Mathieu Aeschmann, Bienne
Belinda Bencic et Sara Errani vont s'affronter en ouverture de ce premier tour du groupe mondial II de Fed Cup.

Belinda Bencic et Sara Errani vont s'affronter en ouverture de ce premier tour du groupe mondial II de Fed Cup.

C'est une histoire un peu étrange qui a débouché sur un statut inédit. Cette semaine à Bienne, Sara Errani était dans toutes les conversations mais sur aucune photo. Un fantôme, une paria. La joueuse au centre de toutes les spéculations stratégiques mais surtout celle qui n'avait pas le droit d'exister. Pourquoi? Tout simplement parce que la finaliste de Roland-Garros 2012 (ex-5e mondiale) purgeait les derniers jours d'une suspension pour dopage. Dix mois de purgatoire qui ont pris fin vendredi, pile à temps pour découvrir le central de la Swiss Tennis Arena et défier Belinda Bencic en ouverture de ce premier tour du groupe mondial II de Fed Cup.

Pour bien comprendre cette drôle d'histoire, il faut remonter à février 2017. Sara Errani est alors contrôlée positive au letrozole, une substance appartenant à la catégorie des «hormones et modulateurs métaboliques». Très vite, l'Italienne reconnaît la présence du produit interdit dans son métabolisme mais clame sa bonne foi. Son explication? Le letrozole se serait retrouvé dans son organisme via un médicament pris par sa mère pour lutter contre son cancer du sein (Femara). Et comment? Ce dernier aurait été accidentellement renversé dans le plat de tortellinis familial. Dans la catégorie justification culinaire de haut vol, le steak d'Alberto Contador devenait pour le coup vraiment avarié.

Seulement voilà, l'explication fait mouche auprès de la WTA qui ne suspend l'Italienne que deux mois. Un jugement que ni la joueuse ni l'agence italienne antidopage n'apprécient, leurs deux appels (distincts) conduisant le TAS en juin 2018 à reconnaître «l'ingestion par inadvertance» tout en augmentant la suspension de Sara Errani de deux à dix mois. Soit jusqu'au vendredi 8 février.

«Puisque je n'avais pas le droit d'être là, je me suis entraînée en Italie jusqu'à jeudi. Je n'avais pas le choix», expliquait l'ancienne bannie après le tirage au sort. Un handicap au moment de préparer une rencontre de Fed Cup qui s'annonce indécise? «Je n'ai pu découvrir le court que vendredi matin. Heureusement, il n'est pas trop rapide donc ça me va.» Absente des terrains depuis huit mois, Sara Errani sera-t-elle déchaînée par le plaisir de retrouver sa liberté ou inhibée à cause de son manque de compétition? Cette question pourrait bien rythmer le week-end.

«Même si elle n'était pas blessée et s'est entraînée à fond, retrouver les tensions de la compétition n'est pas simple, j'en ai fait récemment l'expérience», relevait Timea Bacsinszky. Certes. Mais l'envie de prouver à soi-même et au monde que l'on est de retour n'est-il pas une motivation qui peut faire bouger des montagnes? «Je n'ai rien à prouver, à personne. Je ne veux pas penser comme ça, balayait l'Italienne avec le ton de celles qui rêvent d'un nouveau départ. Je suis juste reconnaissante envers Tathiana (Garbin, sa capitaine) de la confiance qu'elle m'accorde.» Une confiance qui doit permettre à Sara Errani d'enfin digérer, deux ans plus tard, cet étrange plat de tortellinis.

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