Actualisé 06.01.2016 à 16:00

Votation du 28 févrierParier sur la nourriture, bientôt interdit?

Les Suisses devront se prononcer le 28 février sur l'initiative contre la spéculation sur les denrées alimentaires, qui interdira les paris en bourse dans le domaine de la nourriture.

von
Christine Talos
photo: Kein Anbieter

Le 28 février, le peuple et les cantons devront se déterminer sur linitiative «Contre la spéculation sur les denrées alimentaires». Lancé par les Jeunes socialistes, le texteveut que Berne interdise aux banques, fonds de placements et aux sociétés de négoce ayant leur siège en Suisse dinvestir dans des instruments financiers ayant trait aux matières premières et aux produits alimentaires.

Chaque seconde, une personne meurt des conséquences de la malnutrition, d'après l'alliance contre la spéculation sur les denrées alimentaires, qui regroupe des organisations humanitaires, des associations d'agriculteurs, des organisations religieuses et des partis politiques. Or, selon elle, la spéculation peut fausser les prix et provoquer la faim.

Pointant du doigt l'extrême volatilité des prix induite par la spéculation, l'alliance considère que certains fonds d'investissements étrangers et traders opérant en Suisse sont les acteurs d'un «marché détestable», cause de faim et de pauvreté à travers le monde.

Impact en Suisse?

Si les conséquences se font sentir sur l'agriculture dans le monde entier, l'impact est aussi considérable en Suisse: la spéculation a fait perdre 100 millions de francs à l'agriculture helvétique en 2010, selon les initiants. Ceux-ci font valoir que leur texte profitera aussi aux consommateurs, producteurs et commerçants, qui bénéficieront de plus de sécurité grâce à un marché plus stable.

L'alliance s'appuie en outre sur une enquêted'Olivier de Schutter, rapporteur spécial de lONU pour le droit à lalimentation jusquen 2014, qui estime «qu'une partie significative de la hausse des prix et de la volatilité des matières premières alimentaires ne peut être expliquée que par lémergence dune bulle spéculative».

La droite au front contre le texte

Si l'initiative reçoit le soutien de l'ensemble de la gauche, des Verts et des ONG actives dans le domaine, elle n'obtient en revanche pas l'aval de la droite et des milieux économiques qui estiment que l'envol des prix n'est pas dû qu'à la spéculation. «Les aléas climatiques, linsécurité dans des zones de production, les changements dhabitudes alimentaires, laugmentation considérable de la population à nourrir dans les pays émergents sans oublier la raréfaction des terres cultivables sont les causes essentielles de la fluctuation des prix», résume ainsi le nouveau conseiller fédéral Guy Parmelin sur le site de l'UDC.

Pour le Vaudois, si l'initiative n'apporte aucune solution au problème, elle va en revanche avoir des conséquences fâcheuses pour la Suisse. Elle enregistrerait des pertes demplois et de valeur ajoutée importantes ainsi quune diminution des recettes fiscales car il serait très facile pour toute une partie des entreprises actives dans ce secteur de déplacer les opérations visées par linitiative à létranger voire de délocaliser purement et simplement leur siège ou leurs succursales. Et la Suisse joue un rôle très important puisque 35% du commerce mondial des céréales, 50% de celui du sucre et 60% de celui du café seffectuent dans notre pays, rappelle-t-il.

Les opposants font valoir de leur côté une autre étude, celle de la Haute Ecole spécialisée de Lucerne et de lUniversité de Bâle qui a passé au crible 100 autres études sur la question et qui montre que la spéculation nest responsable quà hauteur de 8% au maximum de la hausse des prix.

Les Chambres opposées

Du côté de Berne, tant le Conseil fédéral que le National et les Etats ont balayé l'initiative. Pour la droite, il faut lutter contre la faim et la pauvreté dans le monde, mais les recettes et l'analyse proposées par le texte sont inadéquates. «Il est clair qu'il faut limiter la spéculation sur les aliments», a résumé en substance Jacques Bourgeois (PLR/FR), directeur de l'Union Suisse des paysans. Mais cette initiative ne sert à rien, car les négociants - qui forment quelque 3,5% de notre PIB - poursuivront leurs activités depuis l'étranger.»

A noter que le texte a reçu toutefois un soutien surprenant aux Chambres: celui de l'UDC valaisan Oskar Freysinger: «Je suis partagé. Deux coeurs battent dans ma poitrine, car il s'agit ici de vies humaines.» Pour sa dernière session, le tribun a «décidé de faire enfin partie des gentils et des sauveurs du monde. Je voterai donc fleur bleue, soit 'oui'», a-t-il déclaré en septembre dernier.

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