Actualisé 28.01.2020 à 09:12

France«On ne fait que reporter le problème»

Le campement parisien de la Porte d'Aubervilliers était en train d'être évacué mardi matin. Des centaines de migrants s'y étaient installés.

Entre 900 et 1800 personnes se sont installées dans ces camps qui ont pris ces dernières semaines des allures de bidonvilles au bord du périphérique.

Plusieurs centaines de migrants ont commencé à être évacués du campement parisien de la Porte d'Aubervilliers mardi matin, deux mois après le démantèlement d'un site voisin, pour répondre à la promesse du gouvernement de vider le nord-est parisien de ces camps insalubres.

Encadrés par un important dispositif policier, des migrants qui avaient planté des tentes ou monté des baraquements de fortune au bord du périphérique s'acheminaient vers des bus à destination de gymnases ou de centres d'accueil franciliens, dans une opération conjointe de la préfecture de police de Paris et de la préfecture de la région Ile-de-France.

«Ce mardi (...), la préfecture de police (PP) et la préfecture de la région d'Île-de-France (Prif) vont procéder au démantèlement des campements illicites installés au niveau de la porte d'Aubervilliers, ainsi qu'à la mise à l'abri concomitante de leurs occupants», a indiqué la PP dans un communiqué.

Entre 900 et 1800 personnes se sont installées dans ces camps qui ont pris ces dernières semaines des allures de bidonvilles au bord du périphérique, selon un décompte fourni par la Préfecture de région. Que ce soit dans des gymnases ou des centres dédiés, des places ont été mobilisées pour héberger «tout le monde», a-t-elle dit à l'AFP.

La doctrine a changé

La doctrine des autorités dans la gestion de ces campements a changé lors de l'évacuation de quelque 1600 personnes à cheval sur Paris et la Seine-Saint-Denis, notamment à la Porte de la Chapelle, le 7 novembre.

Au lendemain de l'annonce du ministre de l'Intérieur Christophe Castaner, affirmant que ces sites constituant une «anomalie» du système d'hébergement allaient être évacués avant la fin 2019, la préfecture de police avait prêté main forte à la Prif - qui gère d'ordinaire les opérations de mise à l'abri -, en opérant un tour de vis sécuritaire: plus aucune réinstallation sur la Porte de la Chapelle n'est possible depuis, grâce à un imposant dispositif des forces de l'ordre.

C'est également ce qui est prévu à la Porte d'Aubervilliers, a confirmé à l'AFP la préfecture de police, expliquant que des patrouilles 24 heures sur 24 empêcheront les migrants d'y réinstaller des tentes.

«Cycle sans fin campement-évacuation»

Pour autant, avec cette opération, l'engagement du gouvernement n'est toujours pas tenu: dans les deux mois d'intervalle entre le démantèlement de la Porte de la Chapelle et celle d'Aubervilliers, environ 300 migrants se sont installés à la Villette, soit à la Porte suivante. Le démantèlement de ce camp ? «On y viendra», répond-on à la Prif, même si ce ne sera «pas pour tout de suite».

«On ne fait que reporter le problème», déplore de son côté la maire adjointe de Paris en charge des réfugiés, Dominique Versini, qui craint qu'il ne faille de nouveau «attendre deux, trois mois» avant cette opération. Toutefois, reconnaît-elle, l'évacuation de mardi, «la 60e importante opération de mise à l'abri depuis 2015», est une «bonne chose pour les migrants, qui vivent dans des conditions épouvantables, et pour les riverains, qui n'en peuvent plus».

À la Porte d'Aubervilliers, les migrants ressortis des structures d'hébergement après la dernière opération sont venus gonfler ce camp qui existait déjà et où se sont également agrégés les toxicomanes qui étaient concentrés sur la «colline du crack» toute proche. Ces derniers, affirme la préfecture de région, feront l'objet d'une prise en charge par des «structures spécialisées».

«Ce campement bientôt démantelé s'ajoute à la liste de tant d'autres lieux du nord-est parisien qui illustrent ensemble le cycle sans fin campement-évacuation en cours depuis quatre ans à Paris», regrette pour sa part l'association Utopia56, qui vient en aide aux migrants.

Les «blocages administratifs», poursuit Utopia56, «ont pour conséquences le maintien dans la rue d'une majorité des habitants des campements et donc la reformation inexorable de nouveaux campements après les démantèlements.» (nxp/afp)

(NewsXpress)

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