Actualisé 04.07.2013 à 15:28

Révélations

Paris espionne aussi «à l'américaine»

La France espionnerait aussi des communications dans l'hexagone et à l'étranger à l'image du programme d'espionnage mis en place par les Etats-Unis et révélé par Edward Snowden.

Les services secrets extérieurs français, la DGSE, espionnent en toute illégalité les communications électromagnétiques en France et à l'étranger, a révélé jeudi le quotidien français «Le Monde» après enquête. Cette polémique fait écho à l'affaire d'espionnage international révélée par l'informaticien américain Edward Snowden.

Selon le quotidien, «la DGSE collecte systématiquement les signaux électromagnétiques émis par les ordinateurs ou les téléphones en France, tout comme les flux entre les Français et l'étranger». Le journal en conclut que «la totalité des communications» des Français «sont espionnées».

«L'ensemble des mails, des SMS, des relevés d'appels téléphoniques, des accès à Facebook, Twitter, sont ensuite stockés pendant des années», détaille le journal.

«Le Monde» précise encore que les sept autres services de renseignement, dont la Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI), les douanes ou Tracfin, un organe chargé de la lutte contre le blanchiment, y ont accès «en toute discrétion, en marge de la légalité». Le «Big Brother français» est installé dans les sous-sols du siège de la DGSE, boulevard Mortier à Paris, révèle le journal.

Sur place, un supercalculateur enregistrerait des données techniques, des «métadonnées» permettant de dessiner d'immenses graphes de liaisons entre personnes à partir de leur activité numérique.

Cadre juridique lacunaire

Le quotidien indique que les services du Premier ministre, Jean-Marc Ayrault, la Commission nationale de contrôle des interceptions de sécurité et la délégation parlementaire au renseignement «contestent tous les conclusions de cette enquête».

Selon Matignon, cité par «Le Monde», ces données techniques ne sont pas collectées par les services secrets mais par le groupe interministériel de contrôle (GIC) basé sous les Invalides, à Paris.

Les Français ne sont pas soumis à un espionnage massif et hors de contrôle, a de son côté expliqué jeudi Jean-Jacques Urvoas, le président de la Commission des lois de l'Assemblée nationale et spécialiste du renseignement, en réponse à l'enquête du «Monde».

Tout en jugeant le cadre juridique des activités de renseignement «très lacunaire», M. Urvoas, aussi membre de la délégation parlementaire du renseignement, affirme que ces pratiques sont encadrées. D'après lui, pour les citoyens français, les interceptions sont soumises au contrôle de la Commission nationale de contrôle des interceptions de sécurité (CNCIS) «selon des motifs clairement déterminés par la loi.»

En outre, les données collectées sont détruites après utilisation, alors que le 'Monde' parle de stockage «pendant des années», ajoute-t-il. M. Urvoas précise que les interceptions réalisées sur «des cibles étrangères incombent à la DGSE qui répond en cela à ses missions telles que définies dans son décret fondateur de 1982». (ats)

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