Première mondiale: Paris ouvre son salon de la mort
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Première mondialeParis ouvre son salon de la mort

Le premier salon de la mort grand public ouvre ses portes vendredi 8 avril à Paris. Son but: inciter chacun à anticiper ses obsèques.

par
Caroline Goldschmid
Les cercueils peuvent prendre les formes les plus folles, comme ici, au Portugal.

Les cercueils peuvent prendre les formes les plus folles, comme ici, au Portugal.

Un Salon de la mort? Vous avez bien lu! Glauque ou ridicule, diront certains. Le but est pourtant honorable: briser le tabou, inciter les gens à se préparer au mieux pour leur dernier adieu et répondre aux questions existentielles que soulève ce thème.

Durant trois jours, le Carrousel du Louvre accueillera les principaux acteurs des pompes funèbres. Mais aussi des associations (dons d'organes, soins palliatifs), des spécialistes en prévoyance obsèques ou encore des sociétés qui proposent d'allier services funéraires avec écologie et économie.

«C'est invraisemblable que les gens ne prennent pas la responsabilité de leur mort, s'exclame Jessie Westenholz, coorganisa­trice du Salon. C'est la dernière fête que l'on aura avec ses proches, alors autant la préparer pour qu'elle soit réussie. Et parler de la mort ne vous fait pas mourir!»

Le Salon ne se penchera pas uniquement sur les aspects concrets du «grand voyage», mais il proposera également des rencontres, une vingtaine de tables rondes et des débats animés par des sociologues, psychologues et philosophes. Pas moins de 25 000 visiteurs sont espérés. Type de public attendu? «J'espère qu'il sera le plus large possible, répond l'organisatrice. Ça ne sera en aucun cas le salon des seniors!»

Salon de la mort, du 8 au 10 avril à Paris, Carrousel du Louvre, Rue de Rivoli 99.

Ve et sa de 10 h à 19 h, di 10 h à 18 h.

http://www.salondelamort.com/

«Parler de la mort apaise et nous renvoie à la vie»

Marie de Hennezel, psychologue et coauteure du livre «Nous ne

nous sommes pas dit au revoir» (Ed. Carnet Nord), participera au Salon de la mort.

– Vous donnerez une conférence le 8 avril au Salon, intitulée «Pourquoi parler de la mort?».

– Une société qui occulte ce thème est une société mortifère et morbide. Mortifère, parce qu'il y a une destruction liée à l'angoisse, et morbide car si on ne peut pas parler de la mort, on en fait quelque chose de honteux. Donc, il faut en parler. Plus on le fait, plus l'angoisse diminue. En échangeant beaucoup au sujet du défunt, cela le rend vivant et cela nous renvoie à la vie.

– En quoi s'agit-il d'un sujet tabou?

– C'est triste, c'est quelque chose à surmonter et ça nous oblige à affronter la réalité. Pourtant, il faut parvenir à dépasser la douleur de cette situation et réfléchir à la question. Cela n'est pas facile, car nous refoulons la mort depuis longtemps.

– Donc, plus on prépare sa mort, mieux on l'acceptera?

– Exactement. Heureusement, les gens sont toujours plus nombreux à comprendre cela. Ceux qui ont réglé toutes les questions concernant leur départ, qui sont en paix avec leur entourage, peuvent mieux apprécier le moment présent et bien vivre l'idée de la disparition.

– Comment s'y prendre?

– Dans mes séminaires sur l'art de vieillir, je propose notamment l'exercice du testament spirituel. Il s'agit d'écrire une lettre qui commence par «Si je n'avais plus qu'une heure à vivre...». Cela permet de bien faire ressortir la sagesse de vie de quelqu'un.

«Il y a deux choses qu'on ne peut pas rater dans sa vie: sa naissance et sa mort»

Chrystel Matringe est responsable du service de communication et clientèle des pompes funèbres Rebillon à Paris.

– Pourquoi votre société a-t-elle accepté de participer au Salon de la mort?

– Nous allons y présenter l'un de nos services, la prévoyance obsèques. Pour nous, c'est autre chose que de simplement choisir son cercueil et savoir si l'on veut être incinéré ou inhumé!

– C'est-à-dire?

– Il y a tellement de choses que l'on peut prévoir pour que les obsèques soient un moment chargé en émotions fortes. Par exemple, un texte lu et enregistré avec sa propre voix et qui sera diffusé ce jour-là, un film, une lettre, ou demander que le convoi s'arrête à un endroit symbolique avant le cimetière. Cela aide les proches à passer le cap.

– La majorité des funérailles se déroulent-elles selon les volontés de la personne décédée?

– Non, la plupart des gens ne font pas de prévoyance obsèques, mais ils sont toujours plus nombreux à s'y mettre. Il ne faut pas oublier que si rien n'a été prévu par le défunt, la famille, souvent submergée par le chagrin, va faire au plus simple. D'où l'importance de laisser des consignes.

– Quelle est la tendance actuelle en matière de cérémonies?

– Il y a moins d'obsèques religieuses qu'avant. Du coup, une cérémonie civile a souvent lieu. Les demandes de crémation augmentent de façon nette et régulière depuis quelques années. Dans certaines régions, la moitié des morts sont incinérés. Quant aux cendres, je dirais qu'il y a autant de dispersion dans la nature que de conservation dans un columbarium.

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