Votations à Genève: Parking balayé: «Concilier tous les besoins, c’est fini»
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Votations à GenèveParking balayé: «Concilier tous les besoins, c’est fini»

Les électeurs de la Ville de Genève ont très nettement refusé le projet des Clé-de-Rive. La gauche espère rapidement piétonniser la zone, la droite craint que le processus s’enlise durablement.

par
Jérôme Faas
Gagnants comme perdants souhaitent piétonniser au plus vite le secteur de Rive.

Gagnants comme perdants souhaitent piétonniser au plus vite le secteur de Rive.

20 MInutes / 20 Minutes

Les habitants de la Ville de Genève ne veulent pas d’un nouveau parking souterrain. Le message qu’ils ont délivré ce dimanche dans les urnes est d’une extrême clarté: l’ouvrage des «Clé-de-Rive», qui devait accueillir 498 places voitures (lire l’encadré), a été balayé par 63,61% des votants. Le fait qu’il ait été lié à la piétonnisation de plusieurs rues du centre-ville (un objectif partagé par tous les bords politiques), et donc à la suppression du même nombre de places de stationnement en surface, n’y a rien fait.

«Il s’agit d’un signal très fort, jubile Olivier Gurtner, chef de file des socialistes au Conseil municipal. La population veut un new deal dans la politique de la mobilité. La liberté absolue du mode de transport, c’est fini!» Son analyse rejoint celle de Sami Kanaan, le maire socialiste de la Ville de Genève. «Le message adressé au Canton est très clair: l’époque où l’on concilie tous les besoins, c’est terminé.»

«La balle dans le camp du Canton»

Le sort du parking, qui était sur la table depuis dix ans, étant définitivement réglé, la grande question devient: comment, dorénavant, piétonniser le centre-ville? Elle est ardue, car le cadre légal actuel empêche de supprimer des places en surface sans les remplacer à proximité. «La balle est dans le camp du Canton, juge Sami Kanaan. On doit pouvoir obtenir des dérogations beaucoup plus substantielles en la matière.»

Car s’il y a un point qui met tout le monde d’accord, c’est l’urgence de réaménager le secteur de Rive. Ainsi le conseiller municipal UDC Eric Bertinat estime-t-il que «piétonniser l’endroit le plus laid de Genève est une nécessité. Nous avons 50 ans de retard. Il fallait régler le sort du parking, c’est fait. Nous avons maintenant l’occasion de tout reprendre, mais nous avons déjà des éléments de base. Avec la possibilité offerte par la votation cantonale de septembre de supprimer 4000 places, je n’y vois aucun obstacle.»

La mocheté de Rive fait consensus

«Il existe un consensus général sur le fait que c’est moche et qu’il faut y remédier», abonde la Verte Delphine Wuest. La conseillère municipale rappelle bien sûr que les Verts ont déposé cet automne une initiative municipale visant à piétonniser une très large portion de l’hypercentre. Elle annonce aussi qu’un texte sera déposé très prochainement au Conseil municipal «pour avancer sur un projet piéton» peut-être plus modeste dans un premier temps. «Avec cette votation, la Ville économise 34 millions. Et le Canton nous a confirmé qu’il était possible de compenser dès à présent 85 places en surface avec le parking Saint-Antoine. Ce pourrait être une variante rapide. Nous allons tout faire pour accélérer le mouvement.»

Ce désir de rapidité laisse la droite dubitative. «On reporte de plusieurs années la piétonnisation du centre-ville, regrette le conseiller municipal PLR Maxime Provini. Sans compensation, rien ne pourra se faire. Et les 85 places du parking de Saint-Antoine, malheureusement, ne suffisent pas.» Carmelo Lagana, président du PDC Ville de Genève, craint que les fronts se durcissent, «alors qu’un consensus avait été trouvé. Nous allons continuer à nous battre pour une zone piétonne qui corresponde aux réalités, et qui ne se réalise pas au détriment des uns ou des autres.» Et d’espérer que le scénario de la place Neuve, toujours figé 23 ans après que les Genevois y ont refusé un projet de parking, ne se reproduise pas.

«Prise de conscience climatique»

Le conseiller municipal MCG Daniel Sormanni fait valoir la même crainte. «Il est urgent de dialoguer et de sortir du dogmatisme, sinon nous en avons encore pour très longtemps avec cette mocheté. Les citoyens sont restés sur le trend de l’urgence climatique. Nous sommes favorables à la piétonnisation, mais pour autant qu’il y ait des compensations. Sinon, nous nous battrons.» Ce contexte écologique fait au contraire espérer Brigitte Studer, conseillère municipale d’Ensemble à Gauche. «La situation est tout autre que celle de la place Neuve, parce qu’avec la prise de conscience climatique, on sait que l’on ne peut pas continuer à remplir le centre-ville de voitures.»

L’attitude du Conseil d’État sera donc particulièrement scrutée dans les semaines à venir, car modifier les règles présidant à l’aménagement nécessite des décisions d’ordre cantonal. Le conseiller d’État Serge Dal Busco, chargé des Infrastructures, a déjà agi dans ce sens cet automne en faisant voter une loi permettant de supprimer 4000 places en surface. Ce dimanche, il n’a cependant pas souhaité s’exprimer à chaud sur les résultats de ce scrutin.

«Il faut aller au plus simple»

«Je suis optimiste et pressée.» Frédérique Perler, la conseillère administrative chargée de l’aménagement, a assuré de sa volonté de très vite «remettre l’ouvrage sur le métier. Il est impensable que je laisse la piétonnisation de Rive en stand-by.» Sur le plan technique, «des études seront à refaire, sur le plan administratif, il faut prévoir deux ans de processus. Si tout va bien, que les négociations avec les partenaires avancent, on pourra peut-être commencer les travaux dans deux-trois ans.» La Verte est décidée à capitaliser sur ce résultat très clair. «Comme dorénavant, on connaît l’avis de la population, cela nous donne une légitimité à aller de l’avant. Les politiques doivent exécuter la demande des habitants.» Elle prévoit néanmoins une concertation avec les maraîchers et les commerçants des Halles de Rives. «L’inconnue, ce sont les TPG», précise-t-elle. Surtout, elle veut aller vite. «Tout est ouvert. Ce que je souhaite, c’est piétonniser sans faire, dans un premier temps, un projet pico bello. Il faut aller au plus simple.»

Dix ans de négociation

Le projet dit des «Clé-de-Rive» était un paquet ficelé. Il s’agissait d’autoriser des promoteurs privés à réaliser un parking souterrain de 498 places voitures (et 388 deux-roues) sous la rue Pierre-Fatio, à côté du rond-point de Rive. En contrepartie, ces places auraient été supprimées en surface et plusieurs rues du périmètre auraient été piétonnisées.Ce projet, négocié durant une dizaine d’années, faisait l’objet d’un compromis politique qui avait été accepté par le Conseil municipal fin 2019. Le changement de majorité faisant suite aux élections municipales de 2020 a changé la donne. Les partis de gauche, qui ont conquis la majorité à cette occasion, ont alors combattu le parking. Ils estimaient inutile et passéiste de réaliser un nouveau parking en centre-ville, considérant notamment que plusieurs ouvrages souterrains alentours ne sont presque jamais pleins. Ils jugeaient aussi possible et moins coûteux de réaménager la zone en surface sans construire de parking.La droite, en revanche, estimait qu’il s’agissait d’une opportunité unique de piétonniser le centre-ville, dès lors que la loi actuelle impose la compensation des places supprimées en surface. Or, sans parking, cette compensation vire au casse-tête. Elle s’énervait aussi du revirement de la gauche: le compromis initial avait en effet été négocié et porté par un exécutif rose-vert.

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