Suisse romande: Partition des musiciens de rue brouillée par la cacophonie des autorités
Publié

Suisse romandePartition des musiciens de rue brouillée par la cacophonie des autorités

Les musiciens de rue peuvent jouer dans certaines villes mais leurs prestations sont interdites dans d’autres. À cause d’une différence d’interprétation des directives.

par
Abdoulaye Penda Ndiaye
Le musicien yverdonnois Brice Claverie-Simon s’est vu interdire de jouer dans la rue mais a pu le faire sur le stand de l’UDC devant des autorités.

Le musicien yverdonnois Brice Claverie-Simon s’est vu interdire de jouer dans la rue mais a pu le faire sur le stand de l’UDC devant des autorités.

Page Facebook UDC

«Vérité en deçà des Pyrénées, erreur au-delà»: la citation de Pascal pourrait bien s’appliquer dans l’interprétation des ordonnances fédérales en vigueur pour endiguer le coronavirus. Auteur-compositeur et musicien de rue occasionnel, le Neuchâtelois Nicolas Dal Sasso a pu s’en rendre compte. En janvier dernier, la police municipale de Lausanne a écourté sa prestation musicale en pleine rue. Pour les forces de l’ordre, il s’agissait d’une manifestation avec du public. Donc interdite. Une semaine plus tard, à sa grande surprise, le jeune homme de 26 ans a pu jouer au centre-ville d’Yverdon-les-Bains après avoir obtenu le feu vert des autorités locales.

Non à Lausanne, oui-non à Yverdon et à Vevey

Musicien professionnel, l’Yverdonnois Brice Claverie-Simon a commencé à jouer dans la rue avec la crise sanitaire. «J’ai deux filles en bas âge et deux loyers à payer car en plus de mon appartement, j’ai un local où j’entrepose mon matériel musical», a-t-il déclaré pour expliquer les raisons de ce changement de cap momentané. Mais la semaine passée, le quadragénaire a reçu un courrier des autorités yverdonnoises lui annonçant que la musique de rue était interdite. Contraste saisissant, à Vevey (VD), samedi passé, des musiciens de rue ont pu jouer au nez et à la barbe de la police et avec l’autorisation des autorités locales.

Ce méli-mélo a poussé l’état-major cantonal de conduite à rappeler aux différentes autorités locales vaudoises que les représentations des musiciens et chanteurs de rue étaient interdites car considérées comme étant «des manifestations avec du public». Désormais, le discours officiel semble donc s’être unifié sur sol vaudois. Mais le désordre apparent lié à l’interprétation de l’ordonnance fédérale touche toute la Suisse romande. Sur six polices cantonales contactées mercredi, quatre ont mentionné l’interdiction formelle et deux ont indiqué que les musiciens de rue pouvaient bel et bien jouer.

1 / 2
Brice Claverie-Simon est un guitariste professionnel qui s’est reconverti musicien de rue pour subvenir aux besoins de sa famille.

Brice Claverie-Simon est un guitariste professionnel qui s’est reconverti musicien de rue pour subvenir aux besoins de sa famille.

DR

Priorité au dialogue

Dans les localités où les musiciens de rue ne peuvent plus déployer leur activité, la police accorde la priorité au dialogue. Les amendes ne sont données qu’en cas de refus d’obtempérer ou de récidive. Sur les réseaux sociaux, cette interdiction passe très mal. Comble de paradoxe: un musicien empêché de gratter sa guitare dans la rue a été invité à jouer en toute légalité sur le stand de l’UDC, samedi dernier à Yverdon-les-Bains (VD).

Ton opinion

118 commentaires