Marchés boursiers: Pas d'embellie sur les marchés suite au triomphe d'Obama
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Marchés boursiersPas d'embellie sur les marchés suite au triomphe d'Obama

Si l'élection de Barack Obama à la Maison Blanche a levé l'incertitude politique pesant sur la première économie mondiale, les marchés boursiers n'étaient pas euphoriques mercredi, notamment en Europe, et l'horizon économique restait bouché pour de nombreuses entreprises.

Après des clôtures en forte hausse à Tokyo (+4,46%), Hong Kong (+3,67%) et Shanghai (+3,16%), les Bourses européennes ont ouvert dans le rouge mercredi matin, accentuant même leurs pertes en cours de séance.

A 10H15 GMT, Londres cédait ainsi 2,67%, Paris 2,71% et Francfort 2,02%. Mais il est vrai que les trois places européennes avaient anticipé la victoire du candidat démocrate en prenant plus de 4% chacune mardi.

«A présent, le marché devrait amorcer un nouveau +virage+ baissier», expliquait mercredi matin la maison de courtage Aurel.

Globalement, le dénouement de la présidentielle américaine est cependant perçu positivement par les analystes, «avec le sentiment que l'on a peut-être tourné la page» après des mois de campagne et une dramatique crise financière, observait à New York Marc Pado, de Cantor Fitzgerald.

Rappelant que «l'incertitude est le principal problème du marché», Sherrill Shaffer, ancien chef économiste à la Réserve fédérale de New York, s'attend lui aussi à une «stabilisation» des marchés après des semaines de tourmente.

A New York, Wall Street avait terminé en hausse mardi mais devrait imiter l'Europe en ouvrant dans le rouge mercredi. Vers 09H30 GMT, le contrat à terme sur le Dow Jones, censé préfigurer son évolution, perdait 1,61% et celui sur le Nasdaq reculait de 1,56%.

Autre grand indicateur de la santé de l'économie américaine, le dollar s'affichait en légère hausse mercredi face à l'euro sur les marchés asiatiques, la devise européenne repassant sous le seuil de 1,29 dollar.

«Que ce soit le dollar McCain ou le dollar Obama, la générosité de la politique budgétaire américaine devrait pousser le dollar vers de nouveaux plus hauts, même en pleine récession aux Etats-Unis», commentaient les analystes de Commerzbank quelques heures avant le verdict de l'élection américaine.

Quant au pétrole, il était en baisse mercredi matin, victime des nouvelles craintes d'une baisse de la demande causée par une croissance économique mondiale au ralenti. Dans les échanges matinaux, le baril de «light sweet crude» est repassé sous les 70 dollars, le baril de Brent retombant lui près des 65 dollars.

Sur le front des entreprises, la victoire d'Obama n'aura en tout cas pas d'impact immédiat. Cela «ne change pas grand chose à ce stade car les problèmes économiques restent là», a ainsi commenté R. Balakrishnan, directeur de la maison de courtage indienne Centrum Broking.

Dans les colonnes du Financial Times Deutschland, mercredi, Jürgen Stark, membre du directoire de la Banque centrale européenne (BCE), a également insisté sur le fait que la crise du secteur financier a «des conséquences dramatiques auxquelles nous serons confrontés pendant des années».

Comme pour confirmer ces prévisions pessimistes, les ventes du commerce de détail dans la zone euro ont reculé de 1,6% sur un an en septembre. Et l'indice composite des directeurs d'achat (PMI) pour le mois d'octobre en France a été revu en nette baisse, à 44 points, un plus bas historique.

Du côté des banques, la crise des «subprime» est elle encore loin d'être digérée. Le groupe bancaire français BNP Paribas a ainsi annoncé un bénéfice net en baisse de 55% sur un an au 3e trimestre 2008, avec une forte hausse des créances douteuses, près de deux fois supérieures à leur niveau de 2007.

Dans l'industrie, le ralentissement est également marqué et ArcelorMittal, numéro un mondial de l'acier, a annoncé mercredi une réduction de 30% de sa production pour le quatrième trimestre, contre 15% prévu initialement.

Le constructeur japonais de poids-lourds Isuzu Motors a lui divisé par plus de deux mercredi ses prévisions de bénéfice net annuel, révisant à la baisse son objectif de ventes.

De même le groupe chimique suisse Ciba a annoncé mercredi que «dans l'avenir» il allait «subir les effets du ralentissement économique, particulièrement en Europe».

Pas de morosité par contre chez le groupe pétrolier français Total qui a dégagé un bénéfice net ajusté en hausse de 21% sur les neuf premiers mois de l'année et pourrait battre son record de 2006, lorsqu'il avait encaissé le plus gros profit jamais réalisé par une entreprise française.

Pour Moscou, élection d'Obama ou pas, la nécessité d'une réforme en profondeur du système financier mondial reste en tout cas d'actualité.

«Il ne faut pas se faire d'illusions, la crise économique est encore loin d'être terminée», a déclaré mercredi le président russe Dmitri Medvedev au cours de son premier discours à la nation: «Nous devons réformer radicalement les systèmes politiques et économiques. La Russie, quoiqu'il arrive, va insister sur ce point».

Réunis à Bruxelles, les 27 ministres des Finances européens se sont par ailleurs mis d'accord mardi sur les grands principes de réforme du système financier international qu'ils défendront au sommet du G20: régulation de la finance mondiale et rôle renforcé pour le Fonds monétaire international (FMI).

Ce sommet, qui réunira le 15 novembre à Washington les principaux pays industrialisés et émergents, sera précédé samedi à Sao Paulo d'une réunion des grands argentiers de ces mêmes pays et vendredi à Bruxelles d'un sommet des chefs d'Etat et de gouvernement de l'Union européenne.

En attendant une hypothétique réforme du secteur financier, les banques centrales devraient dès jeudi donner un coup de pouce à la croissance, avec une baisse attendue des taux de la BCE et de la Banque d'Angleterre. (ats)

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