Actualisé 12.06.2012 à 08:46

LausannePas d'uniforme de «peur d'être une cible»

Le procès du tireur de Montbenon a débuté lundi. En février 2011, l'homme avait atteint deux femmes, dont une agente, à côté du Tribunal d'arrondissement.

de
Frédéric Nejad

Trentenaire accusé de tentative d'assassinat, subsidiairement tentative de meurtre, M. B. a blessé deux inconnues en pleine rue en 2011 (lire l'encadré) juste à côté du tribunal. L'une d'elles, âgée de 58 ans, fut la plus gravement atteinte. Traumatisée, Patricia a expliqué à la Cour ce qu'elle a enduré et continue de subir.

«C'est très dur, tant psychologiquement que physiquement. Je n'ai pas retrouvé toute ma mobilité», décrit l'assistante de police, qui n'a recommencé le travail que depuis quelques mois. Elle est à 50% et reste dans un bureau. «Je n'ose plus mettre mon uniforme, car j'aurais alors l'impression d'être une cible», poursuit Patricia, qui continue à prendre des anxiolytiques plus d'un an après les faits.

Elle s'apprête d'ailleurs à retourner consulter un psychiatre: «J'ai toujours des flashs qui me reviennent. Je ne pouvais pas imaginer que, tranquille à mon poste, quelqu'un qui ne me connaît pas me vise en pleine rue et tire. J'ai mis des mois à oser ressortir. Et désormais, quand j'entends des bruits en ville, je sursaute.»

Patricia boite toujours, car des nerfs sectionnés par les deux balles qui ont traversé sa cuisse n'ont pas repoussé. Par chance, son artère n'a pas été touchée. «Je ne supporte plus de regarder des séries policières télévisées: les armes et les tirs m'insupportent. Et dès que j'entends une sirène, je me revois embarquée dans l'ambulance.»

Tout comme la seconde victime (d'une balle perdue), Patricia refuse les excuses et la demande de pardon envoyées tardivement par M. B. depuis sa cellule.

Retard mental et inadaptation au quotidien

M.B. a tiré cinq coup de feu avec son Beretta 9 mm le 26 février 2011 en direction d'une assistance de police. Il blessa deux femmes avant de fuir. L'homme s'est rendu à la police deux jours plus tard. «Je me suis senti très mal dans ma peau. J'ai eu des remords. Je suis navré pour les victimes», a-t-il déclaré hier.

Son père est venu témoigner de son enfance marquée par un grave accident de voiture avec des séquelles neurologiques. Quant à l'expert psychiatre, il a constaté un retard mental et un trouble de l'adaptation aux tracasseries quotidiennes. "Il n'y a pas de traitement curatif envisageable, mais une longue thérapie psycho-éducative en ambulatoire est à envisager, à condition que le prévenu l'accepte", a expliqué l'expert psychiatre. Les limitations intellectuelles et sentimentales de M.B. lui sont "douloureuses d'un point de vue narcissique". Il ressent alors des émotions négatives et de la colère, et il préfère alors mettre la faute sur les autres.

M.B. avait paradoxalement postulé pour devenir assistant de police, alors qu'il semblait mépriser ce poste de "sous-policier", selon ses termes. Une des raisons de sa colère, le 26 février, était due au fait qu'il s'était rendu à la poste pour payer des amendes d'ordre infligées par des assistants policiers les mois passés. Mais comme il y avait trop de monde dans la file d'attente, il était retourné chez lui pour prendre son Beretta et deux magasins remplis de cartouches, avant d'aller se "venger" en ville au hasard sur un uniforme...

Ton opinion

Trouvé des erreurs?Dites-nous où!