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Votations fédéralesPas de déductions fiscales pour les mères au foyer

Les familles gardant leurs enfants à la maison n'auront pas droit à une déduction fiscale dans tout le pays.

L'initiative UDC qui voulait leur permettre de défalquer au moins autant que les parents qui confient leur progéniture à des tiers moyennant finance a été rejetée dimanche par 58,5% des votants. Seuls trois cantons ont dit «oui». Au niveau fédéral, il n'est possible de bénéficier d'une déduction que si l'on paie pour faire garder ses enfants. Seuls trois cantons - Valais, Zoug et Lucerne - octroient un coup de pouce aussi aux parents qui s'occupent de leur progéniture à la maison.

L'UDC souhaitait généraliser ce modèle. Une question d'égalité, selon le parti qui dénonce par ailleurs le développement des crèches et d'autres structures d'accueil. Le soutien de plusieurs milieux conservateurs, dont une partie du PDC, et des sondages très encourageants au départ n'ont pas suffi.

Seuls 1,14 million de votants ont glissé au final un «oui» dans l'urne. Plus de 1,6 million ont rejeté le texte , suivant ainsi les arguments des opposants, qui ont redoublé d'efforts en fin de campagne. Selon eux, l'initiative aurait contraint par la bande les femmes à retourner aux fourneaux et entraîné des pertes fiscales dépassant le milliard au profit d'une minorité de familles déjà privilégiées.

Villes contre campagnes

Même dans les cantons les plus conservateurs, le «oui» était à la peine. L'initiative est passée de justesse à Appenzell Rhodes-intérieures (52,1%), à Schwyz (51,2%) et à Uri (50,8%). Le rejet était timide en Thurgovie (51,7%) et au Tessin (53,2%). Le fait de déjà connaître la déduction réclamée par l'UDC n'a pas joué en faveur de l'initiative. Le Valais, Zoug et Lucerne disent «non» respectivement à 57,6% 56,2% et 54,9%.

Une partie de la Suisse romande se démarque par les rejets les plus massifs: 66,8% dans le canton de Vaud, 66,2% à Genève et 62,9% à Neuchâtel. Le «non» s'est inscrit à 59,4% à Fribourg et plafonne à 55,4% dans le Jura. Du côté alémanique, les refus les plus importants viennent aussi des centres urbains: 61% à Zurich et 65,7% à Bâle-Ville. Berne se situe sous la moyenne nationale avec 56,8%.

Conseillère fédérale satisfaite

Eveline Widmer-Schlumpf s'est réjouie du «non» à l'initiative de l'UDC. Les différentes familles continueront d'être taxées sur un pied d'égalité et selon leur capacité économique, a déclaré dimanche la ministre des finances. Et de souligner que cela répondait à un modèle de société libérale et ouverte.

La satisfaction prévalait largement parmi les partis politiques et les partenaires sociaux. Et le soulagement aussi, vu le fort capital de sympathie initial dont jouissait le texte. Le PLR s'est réjoui que le peuple ait compris que «l'emballage-cadeau ne correspondait pas au contenu du paquet» et que cette initiative n'était pas le bon instrument pour aider les familles.

Cet avis était partagé par tous les partis gouvernementaux - sauf l'UDC - ainsi que par les Verts et les Vert'libéraux. Les Femmes PDC en particulier exprimaient une grande satisfaction, elles qui avaient fait pencher la balance pour le «non» au sein de leur parti. Pour le PS, «cette initiative était perverse, car elle opposait les modèles de famille les uns aux autres».

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D'autres chantiers encore ouverts

Le rejet de l'initiative de l'UDC enlève une épine du pied des autorités fédérales. Le Parlement a déjà fort à faire pour boucler d'autres chantiers dans la politique familiale. Les Chambres fédérale ont plusieurs projets à l'issue incertaine dans leur escarcelle. La proposition de rendre gratuites les primes maladie des enfants s'enlise à la commission de la santé publique du National. L'idée d'un bon éducatif est dans l'air depuis des années mais n'a pas été concrétisée pour l'instant.

Plusieurs voix, à gauche mais aussi à droite, se sont élevées pour réclamer l'introduction d'un congé paternité. Pas chaud, le Conseil fédéral s'est contenté d'évoquer une série de pistes possibles, laissant le soin aux Chambres fédérales de passer ou non à l'acte. Le gouvernement rendra en outre l'année prochaine un rapport sur un éventuel changement de système dans les déductions fiscales pour les familles. Dimanche devant la presse, la ministre des finances Eveline Widmer-Schlumpf s'est toutefois montrée très réservée sur ce sujet. Le Parlement devra en outre empoigner un dossier sur lequel il achoppe depuis des années. Il doit mettre totalement fin à la discrimination fiscale des couples mariés. Jusqu'ici les grands partis n'ont pas réussi à s'entendre, le PDC et l'UDC préférant miser sur la solution dite du splitting alors que l'imposition individuelle a les préférences du PLR et du PS.

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