Actualisé 24.03.2020 à 21:12

Suisse romande«Pas de données robustes sur la chloroquine»

Le Dr Philippe Eggimann, président de la Société médicale de la Suisse romande, se prononce sur la pandémie. L'interniste et infectiologue vaudois préconise la prudence quant à l'utilisation de la chloroquine.

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propos recueillis par apn
Président de la Société de médecine de Suisse romande, le Dr Philippe Eggimann se penche sur le Covid-19 et le traitement à base de chloroquine.

Président de la Société de médecine de Suisse romande, le Dr Philippe Eggimann se penche sur le Covid-19 et le traitement à base de chloroquine.

Florian Cella/ 24 heures

Depuis l'étude du Pr Didier Raoult, la chloroquine est perçue par certains comme la recette miracle contre Covid-19? Partagez-vous cet enthousiasme?

- Dr Philippe Eggimann: Il existe de nombreuses données sur les différentes formes de bactéries, mais nous sommes en présence d'un virus pour lequel de nombreuses substances pourraient avoir une action théorique. Un certain nombre de données de laboratoire existent, mais elles sont difficiles à extrapoler en clinique. Pour la chloroquine, il n'y a actuellement pas de données robustes en suffisance. Tant son efficacité chez les malades COVID-19 que le stade idéal où il faudrait l'administrer sont largement débattus parmi les scientifiques et les infectiologues. C'est donc le fameux principe de précaution qui est adopté, comme pour les anti-inflammatoires, mais à l'envers.

Que pensez-vous de la décision vaudoise de réquisitionner ce médicament?

Dr P. E: Le problème est que les stocks sont actuellement limités et que le principe de réalité impose que la chloroquine soit utilisée chez ceux qui pourraient le plus en bénéficier. Le médecin cantonal vaudois a donc restreint son usage à ceux qui en prennent chroniquement pour d'autres raisons et une partie des malades Covid-19 hospitalisés.

Il semblerait que la chloroquine est de plus en plus utilisée pour des patients souffrant de coronavirus, en Chine, en France, en Italie, aux-Etats-Unis, mais aussi au CHUV...

Dr P. E: Elle fait partie des protocoles de prise en charge des patients hospitalisés les plus graves.

Quand il n'y a pas de remède connu et que des patients sont en train de mourir, faut-il prendre le risque avec un médicament qui pourrait avoir ultérieurement des effets négatifs ou mettre en avant le principe de précaution?

Dr P. E: Il faut dans tous les cas respecter l'équité lorsque le médicament n'est pas disponible pour autant de patients que l'on souhaiterait. Il faut également informer le patient ou sa famille des doutes quand à l'efficacité supputée du traitement et aux risques potentiels d'effets secondaires. Enfin, il faut que ces usages se fassent dans un cadre légal et éthique défini.

Quelle est votre appréciation du climat anxiogène qui prévaut actuellement?

Dr P.E: Il est néfaste, car il conduit à des réactions émotionnelles irrationnelles, y compris lorsque des médecins cherchent à se procurer de la chloroquine pour eux-mêmes ou leurs proches. C'est, toute proportion gardée, les mêmes principes qui font que nous sommes en rupture de papier toilette. Heureusement, ça c'est beaucoup moins grave.

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