Justice (GE): Pas de preuve, mais des indices: assez pour sévir?
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Justice (GE)Pas de preuve, mais des indices: assez pour sévir?

Un jeune délinquant, jugé pour un braquage à Thônex, risque plus de sept ans de prison. Son avocat estime que la présomption d'innocence est bafouée.

par
Jérôme Faas
Le kiosque et bureau de change La Tabagie, 154 route de Genève à Thônex, est souvent pris pour cible par des malfrats

Le kiosque et bureau de change La Tabagie, 154 route de Genève à Thônex, est souvent pris pour cible par des malfrats

M. a la tête et le CV de l'emploi: cheveux ras, phrasé des banlieues, arrogance, passé judiciaire fourni. Comme ses deux coaccusés, il fait partie de ce que la police nomme «la bande de Thônex», friande de racket, d'agressions, de vols et de braquages. Comme eux, il en serait un leader, affirme l'inspecteur qui témoigne. Avec eux, il a cambriolé une bijouterie et une quincaillerie en 2011. Mais M., contrairement à eux, nie avoir attaqué le change «La Tabagie».

Le procureur: «Il n'y a aucun doute»

Le procureur est pourtant sûr qu'il s'agit du troisième auteur de ce braquage. «Il n'y a aucun doute. Ce n'est pas un faisceau d'indices, mais un feu d'artifice», lâche-t-il. Et de réclamer 6 ans ferme plus la révocation d'anciens sursis à son encontre.

Témoin oculaire ignoré

Les indices, en effet, sont légion. Les preuves matérielles, elles, manquent. Ses deux amis taisent obstinément l'identité de leur complice. Aucune image du visage de M. n'est fournie. Les enquêteurs n'ont procédé à aucun relevé téléphonique. Surtout, un témoin oculaire a donné le soir-même un autre nom à un garde-frontière. La police sait de qui il s'agit, mais ne l'a jamais interrogé. Pourquoi? Car l'un des accusés, fraîchement arrêté, l'a disculpé. «On sentait que ce n'était pas lui», explique l'inspecteur.

L'avocat: «Que de préjugés, de rumeurs!»

Me Nicola Meier s'emporte. «Que de préjugés, d'ouï-dire, de rumeurs! Le b-a ba de l'enquête, n'était-ce pas d'entendre cette personne? N'y aurait-il que ce seul élément, pouvez-vous raisonnablement condamner mon client à plus de 6 ans?» Le verdict tombera vendredi à midi.

Vidéo choquante

Sur le banc des accusés, trois jeunes de 21 et 22 ans; des délinquants compulsifs. Ils sont suspectés d’avoir violemment braqué le kiosque et bureau de change du 154, route de Genève le 8 mars 2013. Les images de vidéosurveillance ont choqué la Cour. Les malfrats, masqués, utilisent une arme de poing, une hache et une serpette pour contraindre la caissière et fuient avec 30 000 fr. Le Parquet a requis 3 et 5 ans contre ceux qui avouent. Il réclame 6 ans pour celui qui nie.

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