Actualisé 28.05.2018 à 19:03

Amérique du Sud

Pas de progrès dans l'abattage des chevaux

Les associations suisses de protection des animaux tirent la sonnette d'alarme: les conditions dans les abattoirs sud-américains empirent.

de
Christine Talos
Une image tirée dans la vidéo, dans laquelle on voit un cheval faible se coucher dans le pré.

Une image tirée dans la vidéo, dans laquelle on voit un cheval faible se coucher dans le pré.

Capture d'écran

Après le scandale des lasagnes, la viande de cheval refait parler d'elle. Cette fois, le problème vient d'Amérique du Sud, en particulier l'Uruguay, qui exporte parfois en Suisse des morceaux nobles tels que l'entrecôte. Le Tages-Anzeiger, le «Bund» et la «Berner Zeitung» ont pu visionner des vidéos qui montrent des chevaux dans des états pitoyables à côté des abattoirs Clay et Sarel.

Dans ces images fournies par Ligue zurichoise de protection des animaux (TSB Zurich) et prises mi-avril, on peut voir des animaux d'une maigreur extrême, tenant à peine sur leurs pattes. Certains boitent ou ont parfois des plaies béantes sur le corps.

Problème pas nouveau

Le problème n'est pas nouveau et cette vidéo sert surtout à montrer que rien ne change malgré les promesses des importateurs suisses et que de la viande issue de ces abattoirs continue d'arriver dans les assiettes helvétiques. «Les défenseurs des animaux dénoncent en effet depuis 2013 les conditions d'abattage en Amérique du Sud», explique York Ditfurth, président du TSB Zurich. «A l'époque, les importateurs suisses avaient promis de remédier à la situation».

En effet, l'Association faîtière des importateurs de viande de cheval en Suisse, l'AIVC, avait annoncé en février dernier vouloir prendre des mesures, lorsque l'émission de la SRF «Kassensturz» avait révélé la situation sur place avec des photos de la TSB Zurich en 2017. L'AIVC s'était dit «choquée» à l'époque et avait dit vouloir agir immédiatement.

Près d'un quart des importations de cheval

Selon les journaux alémaniques, l'AIVC a des contrats avec les abattoirs Clay et Sarel en Uruguay et Lamar en Argentine, deux compagnies certifiées par l'Union européenne (UE). Celles-ci fournissent des restaurants et des boucheries dans toute la Suisse. Environ 3000 tonnes de viande de cheval ont été consommées en Suisse en 2017, soit environ 1% de la consommation totale de viande. Quelque 2780 tonnes ont été importées dont 530 d'Argentine et 102 d'Uruguay. Cela signifie que 632 tonnes ou 23% des importations proviennent d'Amérique du Sud.

Interpellés, le président de l'AIVC, Josef Pittino et le secrétaire de l'association Erwin Stulz ont refusé de voir les nouvelles images. Mais ils ont expliqué aux journaux alémaniques toutes les mesures qu'ils avaient pourtant prises. Comme la mise sur pied d'un manuel de qualité qui doit servir de base à tous les contrats. La dernière version, publiée en avril dernier, en est déjà à sa 8e révision. Elle énumère différentes techniques d'abattage à proscrire. Et exige notamment que les locaux internes soient filmés par des caméras de surveillance.

Normes suisses à appliquer

En clair: le manuel veut faire respecter les normes suisses dans les abattoirs sud-américains. «Le bien-être des animaux est important pour nous, nous ne tolérerons pas la torture. Nous ne sommes pas des monstres», explique Josef Pittino.

Même l'autorité vétérinaire uruguayenne aurait montré de l'intérêt pour ces lignes directrices, selon lui. Car la réglementation sur le bien-être des animaux en Amérique du Sud est faible. Le président de l'AIVC attend désormais que ses fournisseurs appliquent les mesures. «Mais si nous voyons que la situation ne s'améliore pas, nous mettrons fin à ces relations d'affaires», déclare-t-il.

« Donnez-nous un an ! »

Mais ces mesures ne vont pas assez loin pour les défenseurs des chevaux. Le manuel n'est qu'une «liste de souhaits» et la tolérance pour les infractions est trop grande, critiquent-ils. Ils rappellent que le manuel de l'AIVC exige depuis 2015 déjà un transport respectueux du bien-être des animaux ou encore l'abattage d'urgence des équidés blessés. «Rien de tout cela n'a été mis en oeuvre: Aujourd'hui, nous voyons encore plus de chevaux blessés dans les locaux de l'abattoir», reprochent-ils.

Josef Pittino admet des lacunes dans le manuel. Il relativise l'immédiateté des mesures annoncées en février déjà: «Donnez-nous un an ! Les nouvelles normes en matière de bien-être animal ne peuvent pas être appliquées du jour au lendemain.»

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