Actualisé 26.08.2009 à 06:34

Présidentielles au Gabon

«Pas de scolarité, pas de vote» promet un village

«Pas de scolarité, pas de vote», annonce une affiche à Ngomo, mission protestante à 50 km de Lambarené (centre du Gabon), uniquement accessible par pirogue.

Les habitants menacent de boycotter la présidentielle du 30 août si on n'assure pas la scolarité de leurs enfants.

«Nous ne pouvons plus voter parce que nous sommes préoccupés par la scolarité de nos enfants. Est-ce que nous vivons de boissons et de morceaux de pagne que vous nous amenez? NON. Nous voulons l'avenir de nos enfants», proclame l'affiche apposée sur les murs de l'école, un immense bâtiment en brique rouge datant du début du XXe siècle.

Aucun des 23 candidats n'est venu en personne à Ngomo depuis le début de la campagne. Aucun n'y viendra... Stylos et cordons donnés par Ali Bongo, fils du président décédé, affiches de Zacharie Myboto, T-Shirts d'André Mba Obame sont toutefois visibles dans quelques maisons: malgré son enclavement, Ngomo a tout de même reçu la visite de nombreux émissaires, venus avec cadeaux et gadgets.

Ngomo a été fondée au début du XXe par un missionnaire alsacien protestant, Ernest Haug, sur le fleuve Ogooué, à une heure de pirogue à moteur de Lambaréné, où Albert Schweitzer a créé son hôpital en 1913.

Ernest Haug, décédé en 1915 et enterré à Ngomo, y avait fait construire ce qu'il pensait être «les trois piliers de la vie: une église, une école, un dispensaire», ainsi qu'une scierie, souligne Emile Mouayembet, travailleur médical faisant partie de la vingtaine de familles résidant sur un site qui accueillait jusqu'à 400 enfants par jour avant l'indépendance en 1960.

Aujourd'hui, l'école, démesurément grande, où travaillent un directeur et un instituteur, accueille une quarantaine d'enfants. Certain élèves viennent à la rame des hameaux avoisinants. Il sont parfois obligés de rester toute la semaine à la charge du village, faute de pouvoir rentrer chez eux.

La scolarité s'arrête au CM2. Les habitants voudraient que les classes aillent jusqu'en 3e. «Les politiciens nous apportent de la nourriture et des habits. Mais, on a de quoi manger, on a de quoi s'habiller (...) Les hommes politiques ne comprennent rien! Les gens sont fatigués», affirme Emile Mouayembet, fonctionnaire qui gagne 150.000 F CFA par mois (225 euros), ce qui n'est pas un mauvais salaire pour le Gabon.

Les autres habitants du village sont agriculteurs et gagnent beaucoup moins. «Certains n'ont pas les moyens d'envoyer leurs enfants à l'école à Lambarené, une fois qu'ils ont fini le CM2. Ca coûte trop cher: les frais de scolarité, le logement, la nourriture, le taxi...», précise-t-il.

Le Gabon, 4e producteur subsaharien de pétrole, se situe à la 3e place africaine en PIB par habitant (10.941 dollars), mais 60% des Gabonais vivent en-dessous du minimum vital, selon un des candidats. La manne pétrolière n'est pas arrivée jusqu'à Ngomo: «Nous avons besoin d'aide pas, pas d'aumône. Du matériel pour fumer le poisson, pour récolter, pas de bouteilles ou des pagnes», explique M. Mouayembet.

En attendant la prochaine rentrée, les enfants jouent autour de l'école de briques rouge. Parmi eux, Yann Boussamba, 13 ans, fils d'agriculteurs, qui a remporté une bourse pour aller en 6e à Lambarené. «Je suis content de partir», affirme-t-il.

Rose Ogoula balaie l'entrée de l'école en prévision de la visite du député le lendemain. «J'ai appris ici, je ne vois pas pourquoi mes petits-enfants ne pourraient pas le faire», affirme-t-elle. «Dieu seul sait pour qui je vais voter. Jusqu'ici, j'ai toujours voté et ça m'a servi à quoi?» (afp)

Quelques mots d'histoire

Le Gabon, où un scrutin présidentiel doit se dérouler dimanche pour élire un successeur au président Omar Bongo Ondimba, décédé en juin après 41 ans au pouvoir, est un pays riche en pétrole, bois et minerais.

Le pays était dirigé depuis 1967 par Omar Bongo, doyen des chefs d'Etat du continent africain, décédé officiellement le 8 juin à Barcelone, où il était hospitalisé depuis mai.

Le 10 juin, la présidente du Sénat Rose Francine Rogombé a été investie «provisoirement» présidente de la République lors d'une transition conforme à la Constitution. /afp

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