Actualisé 06.12.2019 à 21:15

Collonge-Bellerive (GE)Patrons et syndicats face au «chantier de l'horreur»

Un privé accusé d'exploiter sans vergogne des Chinois pour bâtir sa villa a été dénoncé jeudi. Il jure avoir fait tout juste.

de
David Ramseyer
Le chantier privé ciblé par les inspecteurs de la commission paritaire du second oeuvre, à Collonge-Bellerive (GE).

Le chantier privé ciblé par les inspecteurs de la commission paritaire du second oeuvre, à Collonge-Bellerive (GE).

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«J'hallucine. Le proprio a confisqué les passeports des ouvriers: il dit que c'est pour leur rendre service, pour qu'ils ne les perdent pas...» Ce n'est là qu'une des nombreuses infractions qu'un inspecteur du travail a constaté, ce jeudi à Collonge-Bellerive (GE), au pied de la grande maison en travaux d'un particulier, d'origine chinoise et parlant un français impeccable.

Composée de représentants patronaux et de syndicalistes, la commission paritaire du second œuvre, a évoqué les «conditions scandaleuses» qui règnent sur ce «chantier de l'horreur». Des travailleurs s'y relaient depuis des mois par équipe de quatre ou cinq après avoir, semble-t-il, emprunté une filière entre l'Empire du Milieu et la Suisse.

Ni paie, ni sécurité, ni lit

Ces hommes ont oeuvré en tous cas six jours sur sept, jusqu'à onze heures par jour, avec un salaire mensuel de 350 à 500 francs. «Ça, c'est quand ils ont été payés, a averti Camille Layat, secrétaire syndicale. A priori, cela n'a pas toujours été le cas». Ont-ils signé des contrats? Certains ont bien paraphé des papiers, mais ils ont avoué n'avoir rien compris à ce qui était écrit, selon un autre syndicaliste.

«Bref, c'est de l'enfumage, a clamé Nathalie Bloch, représentante patronale. Le propriétaire du chantier a même créé une société anonyme dont les ouvriers, tous chinois et ne parlant pas un mot de français, seraient sociétaires. Il pensait ainsi par ce biais pouvoir appliquer des rémunérations libres.» Un premier contrôle, en juillet dernier, a par ailleurs révélé que le site, où les mesures légales de sécurité sont inexistantes, a aussi servi de dortoir. Les travailleurs étaient logés dans un local technique, sans fenêtre; ils dormaient sur des matelas posés à même le sol.

La justice enquête

«Ces situations, assez exceptionnelles, sont difficiles à détecter, car il s'agit de petits chantiers isolés», a souligné Fabrice Berney, d'Unia. L'homme «sans scrupule» risque jusqu'à 80'000 francs de sanctions, plus le règlement rétroactif des salaires non-payés. De son côté, le Ministère public a ouvert une procédure contre lui.

«Face à ce cas emblématique, il est important que syndicats et patrons - dont je suis - agissent de concert, a conclu Olivier Berchten. Il s'agit de défendre les employés et une économie où règne une concurrence loyale.»

Des "amis" solidaires

Après le passage des inspecteurs du travail - et celui, il y a quelques temps, de la police - le propriétaire de la villa ne semblait pas comprendre ce qui lui était reproché. Il a juré n'avoir commis aucun abus. "Je pense avoir fait tout correctement", a-t-il affirmé. Selon lui, syndicats et patronat se trompent. "Au début du chantier, il y a trois ans, j'avais mandaté des entreprises suisses mais j'ai été escroqué. Mon budget n'étant pas extensible, je me suis tourné vers ma communauté pour qu'elle m'aide." La commission paritaire ironisait, jeudi: "Les ouvriers exploités sans vergogne seraient donc des amis venus lui prêter main forte bénévolement..."

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