Etude en suisse – Payer plus cher pour une mobilité qui coûtera moins
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Étude en suissePayer plus cher pour une mobilité qui coûtera moins

Une expérience nationale montre qu’assumer intégralité des coûts liés
à ses déplacements induira les changements de comportement qui, collectivement, bénéficieront à tous.

par
Yannick Weber

C’est une première mondiale: une étude à l’échelle du pays a identifié les effets d’une tarification individuelle des transports basée sur les coûts réels pour la société. Ces coûts externes sont estimés à 13,7 milliards par an en Suisse. Que se passerait-il s’ils étaient assumés par ceux qui les provoquent plutôt que par la collectivité? Ils changeraient leurs habitudes pour éviter de payer, conclut l’étude menée par l’Université de Bâle et l’EPFZ.

Les coûts externes, c’est quoi?

Les usagers paient billet de train, essence, vignettes autoroutières ou billets d’avion. Mais ils ne paient pas directement les effets de la pollution, des dégâts à l’environnement ou des accidents, par exemple: ce sont les coûts externes. Ils sont payés par la collectivité ou relégués aux générations futures (ravages climatiques, par exemple). Ils ont été estimés à 13,7 milliards de francs par l’Office fédéral du développement territorial pour 2018. Du point de vue de la théorie économique, il serait optimal que ces coûts soient internalisés selon le principe du pollueur-payeur. Certains paieraient plus, d’autres seraient récompensés pour leurs choix plus durables et économes (par exemple, déplacements à pied ou à vélo).

Expérience sociale

Fin 2019, plus de 3500 habitants des principales agglomérations suisses ont participé à l’expérience. Tous leurs trajets et modes de déplacement ont été analysés pendant quatre semaines. Pour les quatre semaines suivantes, ils ont été séparés en trois groupes.

Ceux du premier ont été informés des coûts externes de leurs trajets et ont été incités financièrement à les faire baisser pour la suite de l’expérience. Ceux du deuxième ont simplement été informés des coûts externes, et c’est tout. Ceux du troisième n’ont reçu aucune info et ont continué sans autres avec leur routine.

Faire prendre conscience aux usagers du prix total de leurs déplacement ne suffit pas pour qu’ils les modifient.

Faire prendre conscience aux usagers du prix total de leurs déplacement ne suffit pas pour qu’ils les modifient.

20min/Matthias Spicher

Informer ne suffit pas

Résultat: dès qu’on touche au porte-monnaie, les gens changent. «Il a été constaté une réduction significative des coûts externes pour les membres du premier groupe. Les participants ont changé leur comportement dans le choix d’itinéraire, de l’horaire de départ et du mode de transport utilisé», concluent les auteurs.

En revanche, prendre conscience que les déplacements coûtent par la pollution ou les dégâts à l’environnement qu’ils provoquent n’a que peu d’impact. «Les coûts ont aussi diminué pour le deuxième groupe par rapport à ceux du troisième, mais pas à un niveau significatif», ajoutent-ils.

Personne ne veut payer… vraiment?

Après le constat scientifique vient le débat politique. Lors du vote sur la loi CO₂ du 13 juin, la population s’est montrée pour le moins réfractaire à l’idée de payer plus. L’étude a sondé ses participants sur les différents types de tarification. Internaliser les coûts sociaux des transports, l’idée n’est pas rejetée d’emblée par les sondés, pour aurant que les recettes soient affectées à des investissements dans les infrastructures. En ce qui concerne le «mobility pricing» (faire payer aux entrées des villes ou différencier les tarifs en fonction des heures de pointe et heures creuses), les sondés sont perplexes. La Confédération planche sur ce sujet, mais on est loin du compte: elle a mis en consultation les bases légales pour lancer des projets pilotes qui doivent permettre de penser la manière de mettre en place une telle tarification.

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