Actualisé 02.12.2018 à 20:11

GenèvePaysans fâchés d'avoir si peu de débouchés locaux

La moitié de la récolte de blé indigène doit être vendue dans d'autres régions. L'importation de produits étrangers serait en cause.

de
Lucie Fehlbaum
Les céréaliers voudraient écouler leur production à Genève.

Les céréaliers voudraient écouler leur production à Genève.

Keystone

Au bout du lac, 50% des blés produits localement doivent être exportés dans d'autres cantons, faute de demande de transformation locale. Pourtant, le label Genève Région-Terre Avenir (GRTA), qui régit la traçabilité et la qualité de la production indigène, séduit agriculteurs et artisans. La cause vient de l'importation de produits bons marchés. «La farine genevoise de qualité a un prix. Au lieu de faire du pain, certains revendeurs l'achètent tout prêt», assure John Schmalz, directeur du Cercle des Agriculteurs de Genève. Il fait référence aux pâtons de pains congelés, produits notamment en France et en Pologne et cuits sur place dans certains supermarchés et stations-service. 140'000 tonnes de ces pâtons sont importées chaque année en Suisse. «Si ces denrées étaient mieux tracées, et leur vente mieux réglementée, nous pourrions garder cette moitié de récolte de blé à Genève, plutôt que la vendre à d'autres moulins en Suisse.»

Farine suisse et labels régionaux

Le président de l'Association des Boulangers-Confiseurs du canton, Eric Emery, tonne contre Migros qui «dépense des millions pour se forger une image terroir, mais achète des pâtons étrangers. Quelques pains de cette marque sont GRTA, mais les autres?» Pour Migros-Genève, la production de pâtons a lieu en Suisse, à partir de matières premières régionales. La filiale locale précise que «les pains labellisés «De la région» et «GRTA» représentent 12% de notre chiffre d'affaires boulangerie». Migros-Suisse, de son côté, dit utiliser «en général» de la farine Terra Suisse ou des labels régionaux. «Il n'y a que très peu de spécialités que nous obtenons sous forme de «pâtons» depuis l'étranger», écrit-elle.

Privilégier les circuits courts

John Schmalz se dit inquiet. «Les blés produits à l'étranger peuvent être traités avec n'importe quoi. A Genève en particulier, nous produisons les céréales sans fongicides ni insecticides, même hors des labels Bio.» Ces pains congelés importés se situent dans une zone grise. Ils ne sont par ailleurs pas soumis aux taxes douanières sur la farine, puisqu'ils arrivent transformés. Pour Eric Emery, le terroir passe par les artisans. «Il faut privilégier les circuits courts, acheter dans les marchés locaux ou chez les artisans, pour aider la production genevoise.»

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