Suisse: Paysans mis à l'amende pour pas grand-chose
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SuissePaysans mis à l'amende pour pas grand-chose

Les agriculteurs suisses vivent grâce au soutien fédéral, qui peut être diminué s'ils ne respectent pas les plus de 1300 règles qu'on leur impose. Parfois, les sanctions virent au ridicule.

par
dmz
La récolte de betteraves doit se faire selon les règles.

La récolte de betteraves doit se faire selon les règles.

Keystone

Cette année, le maïs a été mûr plus tôt que de coutume. Franz Hagenbuch, agriculteur à Rottenschwil (AG) a donc commencé à le récolter fin août. Une erreur qui lui a coûté 2300 francs, à savoir la moitié d'un salaire mensuel, révèle «Blick» lundi. La raison? Le quinquagénaire ne s'est pas plié à une des plus de 1300 règles fixées par l'Office fédéral de l'agriculture (OFAG) afin d'obtenir les aides directes de la Confédération. Le document stipule que la récolte du maïs commence en septembre.

«Je comprends que des contrôles soient effectués, mais je trouve que cette sanction est disproportionnée», s'émeut le paysan. Selon lui, la punition est brutale pour une infraction qu'il juge mineure. «Je ne fais que planter du maïs. Mon exploitation est polyvalente. J'ai le droit d'oublier certaines règles», poursuit-il.

Le règlement, c'est le règlement

Franz Hagenbuch n'est pas le seul à avoir fait les frais du zèle confédéral. Son confrère Werner Locher, de Bonstetten (ZH), a pour sa part perdu 4000 francs d'aides directes, à cause d'un virus informatique, qui l'a empêché de fournir tous les documents demandés par l'administration. Un éleveur, qui a préféré rester anonyme, a lui du faire un trait sur 5600 francs. Les agriculteurs doivent détenir leurs vaches dans des boxes d'1m10 de large, minimum. Mais une de ses bêtes, dit-il, avait plié une des barrières de séparation. Du coup, il manquait quelques centimètres.

Le conseiller national et président de l'Union suisse de paysans Markus Ritter (PDC/SG) comprend leur frustration: «Dans ces cas, les amendes me paraissent inappropriées. Nous exigeons que les punitions sanctionnent ceux qui trichent vraiment.» Un avis que ne partage pas l'OFAG. «Le règlement est là pour être respecté. Par ailleurs, le montant des retenues a été l'objet d'une large consultation. Nous avons tenu compte des remarques qui nous ont été faites à l'époque», rétorque-t-il.

Pour Markus Ritter, les demandes des paysans n'ont toutefois pas été prises en compte. «Nous avions attiré l'attention sur cette problématique. Mais nous ne sommes pas parvenus à influer sur la politique des sanctions», déplore l'élu.

Plusieurs millions

Les paysans peuvent compter sur près de 3 milliards de francs d'aides directes chaque année. Ce soutien se justifie par leur rôle central pour la collectivité et la biodiversité.

Malgré cela, les agriculteurs suisses ne sont pas riches. Leur revenu moyen tourne autour de 44'000 francs annuels, amendes comprises. Le montant de ces dernières s'est monté à 6,2 millions de francs en 2015.

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