Actualisé 04.07.2011 à 17:32

Procès Eternit Peine de 20 ans requise contre les deux accusés

Les deux accusés, dans le procès Eternit, risquent vingt ans de prison.

Le parquet de Turin a requis lundi une peine de vingt ans de prison contre les ex-propriétaires du groupe d'amiante italien Eternit S.p.A Gênes. Le milliardaire suisse Stephan Schmidheiny et le baron belge Louis de Cartier sont accusés d'être responsables du décès de près de 3000 personnes en Italie.

«Je n'avais jamais vu une telle tragédie (...) Elle a touché différentes régions de notre pays, des salariés et des habitants. Elle continue à semer la mort et continuera à le faire qui sait pour combien de temps», a souligné le procureur Raffaele Guariniello durant son réquisitoire.

Producteur de plaques pour la construction contenant de l'amiante, le groupe est considéré comme responsable de la mort d'environ 3000 personnes en Italie, anciens ouvriers ou simples habitants de Casale Monferrato et Cavagnolo (nord), Rubiera (centre) ou Bagnoli (sud), villes où Eternit Italie avait ses usines. De 1973 à 1986, date de sa faillite, Eternit S.p.A. Gênes aurait négligé les mesures de sécurité sur les lieux de travail.

Enquête de plus de cinq ans

L'enquête a duré plus de cinq ans. Pour le parquet, MM. Schmidheiny et de Cartier étaient les responsables effectifs de la gestion de la société transalpine. Les deux hommes sont jugés depuis décembre 2009 pour avoir provoqué une catastrophe environnementale et enfreint les règles de la sécurité au travail.

Le parquet a réclamé la peine la plus lourde possible pour ces délits, soit douze ans, à laquelle il a ajouté huit ans supplémentaires car les conséquences de ces délits se font encore sentir dans le sens où les personnes exposées à l'amiante peuvent tomber malades plusieurs décennies après.

Satisfaction des victimes

Les représentants de victimes de l'amiante ont salué ce réquisitoire. «Nous sommes satisfaits. C'est grâce à trente ans de lutte pour la justice, la santé, menée sans jamais baisser les bras», a déclaré à l'AFP Bruno Pesce, coordinateur de l'association des familles des victimes de Casale Monferrato et Cavagnolo.

«L'organisation du procès a déjà été une grande victoire mais désormais l'espoir d'obtenir justice commence à se concrétiser», a-t- il ajouté.

La défense a en revanche nié la responsabilité directe dans la gestion de la société italienne des deux accusés, qui ne se sont jamais présentés aux audiences. L'annonce du verdict pourrait avoir lieu vers la fin de l'année.

Valeur exemplaire

Ce procès, qui rassemble plus de 6000 parties civiles, est le plus grand procès jamais organisé sur le drame de l'amiante, selon les associations de victimes, et le premier au pénal. Les victimes de l'amiante espèrent qu'il puisse créer un précédent en Italie.

Le tribunal de Turin avait exclu en octobre le groupe Eternit Suisse du procès contre son homonyme italien. Il avait estimé que «ni Eternit (Suisse) SA ni son propriétaire n'ont eu ou n'ont un quelconque rapport avec Eternit S.p.a., Gênes» et que Stephan Schmidheiny «n'a jamais exercé de fonction auprès d'Eternit (Suisse) SA et n'en a jamais été actionnaire».

(ats)

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