Egypte: Peine de mort pour près de 700 pro-Morsi
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EgyptePeine de mort pour près de 700 pro-Morsi

Le chef des Frères musulmans en Egypte Mohamed Badie a été condamné à mort lundi en même temps que quelque 700 partisans présumés du président islamiste destitué Mohamed Morsi.

Le chef des Frères musulmans Mohammed Badie en août 2013.

Le chef des Frères musulmans Mohammed Badie en août 2013.

Un tribunal égyptien a condamné lundi à mort près de 700 partisans présumés du président islamiste destitué Mohamed Morsi, dont le chef des Frères musulmans. Mais il a commué en prison à vie les peines capitales prononcées en mars pour près de 500 autres.

Les premières condamnations à mort le 24 mars, dans un procès expéditif après une seule journée d'audience, avaient provoqué un tollé dans la communauté internationale.

Ces condamnations à mort en première instance n'ont toutefois aucune chance d'être confirmées en appel selon les experts unanimes, tant la procédure judiciaire et les droits les plus élémentaires de la défense ont été bafoués par le juge. D'ailleurs, le juge qui les avait prononcées le 24 mars contre 529 accusés les a commuées en prison à vie lundi pour 492 d'entre eux.

Climat délétère

Mais le fait que ces peines capitales aient pu être prononcées en première instance sans provoquer d'émoi dans le pays illustre le climat extrêmement délétère en Egypte.

Une large majorité de la population, à l'unisson des médias quasi-unanimes, applaudit à la répression implacable et sanglante que mène contre les islamistes le gouvernement installé par l'armée après qu'elle eut destitué et arrêté le 3 juillet M. Morsi, le seul président jamais élu démocratiquement en Egypte.

Ainsi, plus de 1400 manifestants pro-Morsi ont été tués par les policiers et les soldats en dix mois - dont quelque 700 en une seule journée au Caire le 14 août - et plus de 15'000 de ses partisans ont été emprisonnés, selon les organisations de défense des droits humains.

Groupe laïc de gauche aussi interdit

Et, pour accréditer le sentiment partagé par nombre d'experts et d'ONG assurant que la répression de toute contestation est devenue pire que sous le régime de Hosni Moubarak, un tribunal du Caire a interdit lundi le Mouvement du 6 Avril.

Ce dernier, un groupe laïc de gauche, est le fer de lance de la révolte populaire qui chassa du pouvoir l'ex-Raïs début 2011.

«Où est la justice?»

A l'énoncé du verdict contre les présumés pro-Morsi, plusieurs femmes qui attendaient avec anxiété devant le tribunal se sont évanouies. «Où est la justice?», s'est écriée l'une d'elle.

Avant le verdict, plusieurs proches ont assuré que les condamnés n'avaient rien à voir avec les manifestations pro-Frères musulmans de Minya, dans lesquelles au moins un policier avait été tué dans l'attaque d'un commissariat, au coeur du procès.

«Mon fils ne prie même pas, il ne sait même pas où est la mosquée», s'indignait la mère d'un condamné à mort. «Le mien est mort depuis trois ans et son nom est cité dans cette affaire», renchérissait Wada Hasaballah, la soixantaine, toute voilée de noir.

Pas présents

Selon Khaled ElKomy, coordinateur de l'équipe d'avocats qui défend les 529 condamnés à mort fin mars, 60% d'entre eux «ont des preuves démontrant qu'ils n'étaient pas présents lors de l'attaque du commissariat» pour laquelle ils ont écopé de la peine capitale.

Sur les quelque 1200 accusés, seuls environ 200 sont emprisonnés, les autres étant en fuite ou ayant été libérés sous caution. Ils sont tous accusés, à divers degrés, d'avoir participé dans le gouvernorat de Minya aux manifestations pro-Morsi survenues le 14 août au moment où, au Caire, 700 manifestants tombaient sous les balles des policiers et soldats.

Condamné à mort lundi pour avoir «incité» aux violences, Mohamed Badie, le guide suprême des Frères musulmans, la confrérie islamiste de M. Morsi qui a remporté toutes les élections depuis l'éviction de Hosni Moubarak début 2011, est également jugé au Caire dans plusieurs autres procès pour lesquels il encourt la peine de mort, à l'instar de M. Morsi en personne, qui comparaît devant trois tribunaux.

Quasi-totalité des chefs arrêtés

La quasi-totalité des chefs des Frères musulmans ont été arrêtés depuis le 3 juillet. La confrérie a été décrétée «organisation terroriste» par le gouvernement dirigé de facto par l'armée, qui la rend responsable d'une vague d'attentats visant les forces de l'ordre.

Les peines de mort prononcées par la justice doivent être validées par le mufti, représentant de l'islam auprès de l'Etat, mais son avis n'est pas contraignant. Concernant les 683 condamnés à mort de lundi, le juge a fixé au 21 juin sa décision finale après l'avis du mufti. (afp)

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