Justice fribourgeoise – Peine maximale réclamée contre le père pédophile
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Justice fribourgeoisePeine maximale réclamée contre le père pédophile

Lors du réquisitoire et des plaidoiries au procès d’un individu qui a abusé sexuellement de sa fille dès ses premiers jours de vie, parties civiles et Ministère public demandent 15 ans de prison.

par
Frédéric Nejad Toulami
Détenu en exécution de peine anticipée, le prévenu est arrivé menotté à son procès à Granges-Paccot (FR).

Détenu en exécution de peine anticipée, le prévenu est arrivé menotté à son procès à Granges-Paccot (FR).

20min/Sébastien Anex

«Vous avez détruit l’enfance de votre fille et volé sa vie!» Dans sa plaidoirie sévère et solennelle, Anne-Laure Simonet, avocate de l’enfant, s’est appliquée, mercredi matin, face à la Cour pénale de Granges-Paccot (FR), à recenser les graves atteintes que l’accusé a commises sur sa fille dès sa naissance et jusqu’à l’âge de 7 ans, ainsi que les conséquences psychologiques indélébiles qu’elle subit et va devoir traîner avec elle toute sa vie.

«La petite victime n’a connu qu’un père abuseur durant sa vie. Il l’avait transformée en objet sexuel pour satisfaire ses penchants pervers et égoïstes. Âgée de 9 ans, elle est aujourd’hui sous antidépresseurs», a souligné Me Simonet, avant de rappeler que ce quinquagénaire n’a jamais collaboré durant l’enquête. «Il a même prétendu en 2019 que c’est grâce à lui que sa fille connaît son corps et sait se masturber. Il a aussi joué sur sa loyauté en lui indiquant que si elle parlait, il irait en prison», insiste l’avocate. Faire goûter son sperme à sa fille et la forcer à avoir des pratiques sexuelles avec un chien comptent parmi les nombreux actes sordides commis par cet individu.

Cynisme et absence de prise de conscience réelle

Avant elle, le procureur Jean-Luc Mooser, dans son réquisitoire, avait souligné le cynisme et l’absence de prise de conscience réelle du prévenu, qui a été considéré comme responsable de ses actes par une expertise psychiatrique. «Il n’a fini par admettre ses agissements que face aux preuves apportées et il n’a rien fait jusqu’à présent pour commencer à réparer financièrement sa fille», a dénoncé le procureur.

Viol ou pas viol?

Il a requis la peine maximale contre ce père, soit 10 ans de privation de liberté pour viol, additionnés de 5 ans pour les infractions de contrainte sexuelle et pour actes d’ordre sexuel sur un enfant. Le représentant du Ministère public fribourgeois a aussi demandé des mesures psychiatriques en milieu institutionnel. Tout comme Me Simonet, il considère que l’accusé, malgré ses démentis, a pénétré à diverses reprises avec son gland le sexe de sa fillette, comme tendent à le prouver certaines vidéos filmées par l’auteur lui-même et jointes au dossier judiciaire. Cela revêt une grande importance, car le droit pénal suisse ne retient la notion de «viol» que si une pénétration sexuelle est commise par un homme sur une victime féminine sans sa volonté.

Dans ma carrière, ce dossier hors norme est le pire que j’ai eu à traiter comme affaire d’abus sexuel dans un cadre familial

Jean-Luc Mooser, procureur

Le procureur a aussi mentionné que la fillette, très gravement abusée psychologiquement et physiquement, devait tenter à présent de se reconstruire. «Dans ma carrière de procureur, ce dossier hors norme est le pire que j’ai eu à traiter comme affaire d’abus sexuel dans un cadre familial.» Avocate de la mère et épouse, Me Anne-Sophie Brady a essayé de démontrer que sa cliente était l’autre victime de l’accusé.

Le délicat mandat de plaider en faveur de ce père pédophile est d’abord revenu à Me Charles Navarro. «Les faits sont crus, constate-t-il. Qui n’éprouve pas de la colère, du dégoût et de la haine à l’énoncé des faits et au visionnage des vidéos des actes sur la victime? Il s’agit d’essayer de comprendre le prévenu sans l’excuser. Il mérite certainement une lourde peine pour une partie des faits dont il est accusé. Mais rien de ce que la Cour décidera ne permettra de réparer les torts que sa fille a subis ni la lourdeur de la peine infligée à mon client.»

Me Navarro s’est employé principalement à réfuter les notions de viol et d’inceste, sans contester la contrainte et les abus sexuels et acceptant le principe d’indemnisation de la petite victime. Son confrère, Guillaume Bénard, a surtout battu en brèche la «victimisation» de la mère, qui aurait été sous l’emprise psychologique de son époux, alors qu’elle-même avait aimé «des pratiques sexuelles peu conventionnelles».

Le verdict de la Cour sera rendu mardi après-midi.

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