Valais: Peines pécuniaires requises contre les skieurs hors-piste
Actualisé

ValaisPeines pécuniaires requises contre les skieurs hors-piste

Le procureur a requis vendredi des jours amende avec sursis contre les trois skieurs accusés d'avoir déclenché une avalanche qui a emporté des personnes à Anzère en 2009. La défense a demandé l'acquittement des «freeriders».

Par chance, la coulée navait fait aucun blessé grave.

Par chance, la coulée navait fait aucun blessé grave.

Selon le procureur Olivier Vergères, les trois skieurs hors-piste ont violé les règles de prudence, ce 27 décembre 2009. Ils ont délibérément ignoré la signalisation et les diverses informations dispensées en raison d'un danger d'avalanche «marqué» de niveau 3, et sont sortis des pistes «dans un endroit réputé dangereux».

Le procureur a requis 60 jours-amende contre l'un des «freeriders» considéré comme le «leader», et 40 jours-amende pour les deux autres. Les peines sont assorties de deux ans de sursis.

Expertise SLF

Selon Olivier Vergères, les accusés, deux hommes et une femme, ont joué un rôle déterminant dans le déclenchement de la coulée de neige. Il fonde son opinion sur l'expertise établie par l'Institut pour l'étude de la neige et des avalanches (SLF).

Cette dernière «arrive à la conclusion qu'un déclenchement provoqué par les trois skieurs traversant la pente est l'explication de loin la plus plausible». Elle considère en revanche comme «peu probable un déclenchement spontané ou par l'intervention de tiers», a souligné le procureur.

«Ils sont dans le déni»

«Nous n'avons pas affaire à des adolescents mais à des adultes, dont deux sont médecins. On aurait pu s'attendre de leur part à plus de respect de la vie d'autrui», a lancé Olivier Vergères à l'égard des trois accusés.

Le magistrat s'est dit «sidéré par leur manque d'empathie. Aucun n'admet la moindre responsabilité dans cette affaire. Ils n'ont pas pris conscience de la gravité de leur comportement et sont dans le déni complet», a-t-il ajouté.

Point «capital»

Les trois avocats ont demandé l'acquittement de leurs clients. Ils ont exhorté le juge de considérer les faits, et uniquement les faits, sans vouloir trouver un coupable à tout prix et faire de ce procès un cas d'école.

Ils ont mis en avant un point de l'expertise qu'ils estiment «capital». Ce point dit: «Tout comme les responsables de l'entreprise des remontées mécaniques, les skieurs évoluant hors piste, bons connaisseurs des lieux et en partie expérimentés, n'avaient pas de raison de supposer, en ce 27 décembre 2009, qu'une avalanche était à craindre».

«Rien que cette conclusion aurait dû entraîner le classement de cette affaire. Vous ne pouvez pas condamner nos clients», a estimé Me Xavier Fellay.

Pas d'obligation légale

Me Pierre-André Veuthey a rappelé qu'un danger 3 «marqué» n'interdit pas de sortir des pistes balisées: «Ceci est admis par tout le monde. Ce danger 3 prévaut d'ailleurs la moitié de l'année», a-t-il fait remarquer.

La défense a encore appelé que les accusés ont aidé les secours avant de quitter les lieux. «Ils n'avaient pas d'obligation légale de s'annoncer ensuite à la police ou aux responsables présents», a souligné Me Xavier Fellay.

Plaignant remis en cause

Les deux personnes qui ont été partiellement ensevelies et légèrement blessées par l'avalanche ce 27 décembre 2009 n'ont pas déposé de plainte pénale. La société de remontées mécaniques Télé Anzère, qui n'a pas été inculpée, en a déposé une et réclame quelque 70'000 francs sur le plan civil.

La qualité de plaignant de Télé Anzère a été remise en cause durant le procès par Me Xavier Fellay. Selon l'avocat, qui s'appuie sur une jurisprudence du Tribunal fédéral, le lésé peut être une personne dont il s'agit de protéger la vie et l'intégrité corporelle, mais pas les intérêts pécuniaires ou financiers. «Telé Anzère doit donc sortir purement et simplement de ce dossier pénal», a-t-il souligné.

Le verdict tombera dans une dizaine de jours. (ats)

Ton opinion