Actualisé 24.11.2008 à 11:03

France

Père de l'anthropologie, Claude Lévi-Strauss fête ses 100 ans

L'ethnologue Claude Lévi-Strauss fête ce vendredi ses 100 ans.

Père du structuralisme, il a été l'un des intellectuels français les plus influents du 20e siècle. Il aussi jeté les bases de l'anthropologie moderne et éclairé d'un jour nouveau les grands mythes de l'humanité.

Un hommage lui sera rendu le jour de son anniversaire au Musée des arts premiers à Paris où une centaine de personnalités liront ses grands textes. La veille, la chaîne de télévision franco-allemande Arte lui aura consacré un programme exceptionnel de midi à minuit, enchaînant documentaires, films et entretiens.

Dès les années 1950 et la publication de sa thèse sur «Les structures élémentaires de la parenté» (1949), il apporte une nouvelle méthode d'analyse. Etudiant l'homme dans sa dimension sociale, il y examine les règles qui régissent les liens familiaux ou l'organisation spaciale des lieux d'habitation.

«La grande affaire de l'anthropologie c'est la variation entre les différentes cultures. Pourquoi y a-t-il des cultures différentes?», résume Anne-Christine Taylor, ancienne élève de Lévi-Strauss. «A cette question, il a apporté un regard tout à fait neuf en partant du postulat qu'il y a un ordre derrière les différentes cultures», des structures actives.

Philosophes et écrivains influencés

L'élaboration en système de cette intuition constitue le structuralisme. Il cherche à repérer des formes invariantes au sein de contenus variables. L'approche de Lévi-Strauss irriguera une bonne partie de la pensée francaise de la seconde moitié du 20e siècle et influencera des penseurs, philosophes et écrivains aussi différents que Roland Barthes, Jacques Derrida ou Michel Foucault.

Au milieu des années 1950, la publication de «Tristes tropiques» (1955) assoit sa réputation internationale. Le livre, d'une grande qualité littéraire, lui permet de toucher un large public, bien au-delà de la seule communauté scientifique.

Dans ce texte se dégagé aussi une autre facette du chercheur. Il était un précurseur dans le domaine de l'écologie qui écrivait admirablement et a oeuvré à la réhabilitation de la pensée primitive. Avec parfois le regard d'un moraliste.

C'est pourquoi «La Pensée sauvage» (1962) figure aussi parmi ses livres majeurs. «Il ne s'agit pas de la pensée des sauvages mais plutôt de la pensée sauvage. C'est une forme qui est l'apanage de toute l'humanité et que nous pouvons retrouver en nous», expliquait-il.

A cheval entre philosophie et science

«Quand il nous explique que 'la pensée sauvage' est en chacun de nous, il n'y a plus de distinction de fonctionnement mental entre les primitifs et nous. C'est une révolution intellectuelle considérable», a souligné son amie, la philosophe Catherine Clément, auteur d'un essai sur l'ethnologue.

«A cheval entre philosophie et science (...), son oeuvre est indissociable d'une réflexion sur notre société et son fonctionnement», relève un de ses biographes.

Claude Lévi-Strauss est né à Bruxelles en 1908, de parents juifs alsaciens. Il passe l'agrégation de philo en 1931. Nommé professeur à l'université de Sao Paulo, il part pour le Brésil en 1935 où il dirige plusieurs missions ethnographiques dans le Mato Grosso et en Amazonie. C'est cette expérience qui sera à la source de «Tristes Tropiques».

De retour à Paris à la veille de la guerre, mobilisé en 39-40, il quitte la France en 1941 pour New York où il enseigne. En 1959, il est titulaire de la chaire d'anthropologie sociale au Collège de France, où il exerce jusqu'à sa retraite en 1982. En 1973, il est le premier ethnologue admis à l'Académie française.

(ats)

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