Genève - «Personne ne veut quitter son pays, on s’enfuit pour nos vies»
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Genève«Personne ne veut quitter son pays, on s’enfuit pour nos vies»

Une manifestation en faveur du peuple afghan et d’un accueil de réfugiés a réuni plusieurs centaines de personnes au bout du lac, samedi.

par
Léonard Boissonnas
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Entre 400 et 500 manifestants ont demandé à la Suisse d’accueillir des réfugiés afghans.

Entre 400 et 500 manifestants ont demandé à la Suisse d’accueillir des réfugiés afghans.

leo/20min
Le cortège est parti du Palais Wilson vers 15h30 pour rallier la place des Nations.

Le cortège est parti du Palais Wilson vers 15h30 pour rallier la place des Nations.

leo/20min 
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«Afghanistan libre! Suisses, acceptez les Afghans en danger! L’asile est un droit!», ont scandé des centaines de personnes, à Genève samedi après-midi, lors d’un rassemblement de solidarité avec la population afghane. Selon la police, entre 400 et 500 personnes ont participé. Partis du Palais Wilson, les manifestants ont marché jusqu’à la place des Nations pour lancer un appel à la communauté internationale, à l’ONU, ainsi qu’à la Suisse, afin qu’elles agissent pour garantir le respect des droits humains, des réfugiés, des minorités, ainsi que des femmes et des enfants.

«La population est terrorisée»


Diaspora afghane, politiciens genevois et vaudois, ou ONG ont répondu à l’appel du «Comité des jeunes Afghanes et Afghans de Suisse», créé spécialement pour l’occasion. «C’était une initiative spontanée, il fallait agir dans l’urgence, explique Tabesh Abdullah-Khel, organisatrice de la manifestation, arrivée en Suisse à l’âge d’un an. Nous sommes en contact constant avec notre famille sur place. La population est terrorisée et ne fait pas confiance aux propos des talibans. Il y a des violences ponctuelles et les gens tentent de s’enfuir.» Son comité va envoyer une résolution au Conseil fédéral pour que la Suisse revoie notamment sa politique d’asile «car des gens risquent leur vie», et que la Confédération appuie un processus démocratique.

«Sans aide humanitaire, les gens risquent de mourir»

Venue en famille, Gesal, âgée de 33 ans, a quitté l’Afghanistan en 1995, et a l’impression de revoir la même situation qu’à l’époque, évoquant «l’horreur des talibans»: «On ne veut pas de ce régime, déclare-t-elle. Ce n’est pas possible qu’après 20 ans, on en soit là. Mon oncle sur place travaillait avec le gouvernement afghan, sa vie est en danger. La Suisse doit prendre position en faveur des droits humains et accueillir des réfugiés, poursuit-elle. Personne ne veut quitter son pays, on s’enfuit pour nos vies.» Abdul, 48 ans et commerçant à Genève, a lui aussi fui le régime des talibans en 1996: «J’ai de la famille à Kaboul, sur place, c’est très difficile, rapporte-t-il. Eau, nourriture, argent, médicament: ça manque à tout le monde là-bas. Sans aide humanitaire, les gens risquent de mourir de faim ou de maladie. Ils ont des réserves pour quelques jours seulement.»

«On voyait les 4x4, tout le monde avait peur»

Wasim, 45 ans, est revenu d’un séjour à Kaboul il y a environ une semaine. Il était donc sur place «quand tout a changé d’un coup»: «On vivait caché, personne ne sortait le soir, les gens ne dormaient plus, on voyait les 4x4 dans les rues, tout le monde avait peur», raconte-t-il. Cet employé d’une mission diplomatique, arrivé en Suisse il y a 26 ans, a passé trois jours à côté de l’aéroport de Kaboul, «mais je n’arrivais pas à passer». Finalement, après avoir contacté Berne et la mission suisse à Islamabad, il a pu embarquer dans un avion spécial, relate-t-il, encore très ému. «Ce qu’on voit de détruit à la télévision, c’est en réalité trois à quatre fois plus que ça.»

Une douzaine de personnes «séparées»

Après les discours de nombreux orateurs, une minute de silence a été observée pour tous les morts depuis 40 ans en Afghanistan. Si tout s’est déroulé dans le calme, quelques esprits se sont échauffés en toute fin de rassemblement. La police est alors intervenue pour séparer une douzaine de personnes, mais il n’y a pas eu d’interpellation, et tout le monde s’est dispersé, indique Joanna Matta, porte-parole des forces de l’ordre. «Notre but, c’était d’éviter ce genre d’incident, réagit Tabesh Abdullah-Khel. La situation là-bas est tellement tendue que peut-être les gens disent certaines choses et voilà», déplore-t-elle. Toutefois, la mobilisation continue, indique la jeune femme: le week-end prochain, une marche symbolique partira de Genève pour rejoindre Berne, par relais.

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